Commentaires à propos de la tribune d’Esther Benbassa dans Libération du 5 avril 2016

      La Sénatrice EELV a signé dans le quotidien Libération, un papier intitulé «le voile, pas plus aliénant que la minijupe».

Cette tribune critique vertement les récentes déclarations de Laurence Rossignol, et bien sûr, sa diatribe éclabousse Elisabeth Badinter qui soutient la ministre.

Si madame Benbassa avait daigné nous fournir quelques arguments sur le fond, il aurait été possible de ne nous focaliser que sur les points soulevés, mais l’ineptie de son texte nous oblige à le lire linéairement.

D’entrée, l’auteur donne le ton; «En la rebaptisant, à tort, «mode islamique», Laurence Rossignol lui a donné une dimension politique dont nous n’avions nul besoin […]» dit-elle en parlant de la «mode pudique» devenue un enjeu commercial pour certaines grandes marques de vêtements, et elle précise à la suite : «quand des attaques d’une innommable barbarie ont plongé les Français et les Belges dans le deuil, et quand la haine du musulman, réduit au terrorisme, se saisit de tout prétexte pour se développer.»

Reformulons cette phrase plus clairement: puisque le terrorisme islamiste a désigné l’Europe comme terrain de chasse, en débattant de la portée sociologique de certaines règles islamiques, nous participons à la montée de la haine contre les musulmans. Madame Benbassa ne nie en aucun cas la dimension politique de la religion; elle pense simplement qu’il est inopportun de soulever cette dimension au moment où l’islam politique nous tue! Sa raison: ne pas donner du grain à moudre aux haineux…

Attention aux jugements hâtifs cependant. La Sénatrice du Val-de-Marne précise bien que la ministre n’est pas islamophobe, mais juste ignorante. Elle est gentille Esther, elle lui dit qu’il existe des articles écrits par des spécialistes qui pourraient soigner ce type de dérive intellectuelle. Elle doit sûrement faire référence aux siens (pourquoi pas), ou au papier qui nous expliquait doctement que Kamel Daoud était un islamophobe rongé par la haine de soi, par exemple.

Dans cette tribune, d’une faiblesse argumentative caricaturale, madame Benbassa insiste même sur le mot «rigueur», sans visiblement penser à se l’appliquer. De même, son expression «féminisme de grand-mère» n’a aucun sens; la lutte contre les discriminations et autres injustices imposées aux femmes n’a rien de générationnel, ce serait comme parler de «démocratie d’adolescents» ou «d’anti-racisme de mécaniciens».

Ce qu’elle veut dire, c’est qu’il existerait une façon obsolète de mener le combat féministe qui, notamment, tendrait à nous faire croire qu’imposer le port d’un voile sur la tête pour les femmes constitue une oppression à leur égard, alors qu’il existerait un féminisme moderne, de «jeunes filles», celui d’Esther Benbassa, bien mieux adapté à la réalité d’aujourd’hui, et qui nous obligerait à voir la jeune fille qui porte le voile comme une femme libérée.

Et puis, c’est le pétage de plomb!

«Que sait Mme Rossignol de l’islam hexagonal et de sa diversité ? Que sait-elle des femmes musulmanes de la France d’aujourd’hui ? A tenir publiquement des propos de café du commerce, elle ne réussira, au mieux, qu’à renforcer le rejet de la France dans certains milieux musulmans qui n’en peuvent plus d’être toujours mis en position d’accusés.»

Esther Benbassa qui vient de nous dire que Rossignol n’est pas islamophobe l’accuse en filigrane de créer les prochains djihadistes! Ben oui, c’est connu, le concept du djihad a été élaboré par les ministres socialistes du XXIe siècle! Un peu de rigueur, bon sang!

Et quels sont ces «certains milieux musulmans» chez qui le rejet de la France se renforcera? Au moment où la guerre que nous livre l’islamisme s’impose à notre quotidien, faudrait-il éviter que ses supporters en France trouvent dans nos réactions des raisons supplémentaires de rejeter la France? Parce que les musulmans qui s’outragent plus de voir une femme déguisée en fantôme que des déclarations de madame Rossignol, non seulement ils ne rejettent pas la France, mais en plus ils ne se sentent pas accusés par le terrorisme, ils se sentent ciblés au même titre que tous les Français.

Esther Benbassa, qui prétend connaître les musulmans de France, en tout cas mieux que la ministre des droits de la femme ne connaît ses dossiers, nous les présente comme une bande de bigots superstitieux, qu’une position intellectuelle concernant un morceau de tissu peut rendre hystériques.

Ah, ça, non, Benbassa n’est pas islamophobe, elle est juste raciste.

Vient alors sa théorie, qui reprend le thème du titre, à savoir, la mode féminine, sexy, pour faire court (sans jeu de mots), serait aussi une oppression de la femme.

Le lecteur pourra apprécier la validité d’un tel type d’argument devant une cour de justice, par exemple: «Monsieur le Président, mon client est aujourd’hui jugé pour homicide volontaire, c’est un scandale, car des pédophiles continuent de sévir dans notre pays sans qu’ils soient tous arrêtés!»

Je ne caricature pas ses propos, car elle poursuit dans la même logique. Pour l’auteur de cette tribune, spécialiste de la question, cette «mode pudique» serait aussi bien vue par les juifs orthodoxes.

«Si des marques créent des collections «pudiques» pour des femmes qui, par reven-dication identitaire ou conviction religieuse, y trouveront leur compte, où est le mal ?»

Bon, si après un parcours scolaire, universitaire, politique et un fauteuil au Sénat, vous ne voyez pas le problème, je veux bien vous l’expliquer.

Le mal, c’est justement d’entretenir des revendications identitaires au lieu d’en proposer une seule, fédératrice, qui serait l’identité française, républicaine, démocratique et éclairée, ce qui, soit dit en passant, devrait être le job de madame la Sénatrice.

Le mal, c’est de soutenir des revendications religieuses quand la religion a des prétentions politiques.

Le problème, c’est que Esther Benbassa, dès le début, parle «d’attaques d’une innommable barbarie». Quand Attila empilait les crânes devant les murailles des cités qu’il souhaitait conquérir, il s’agissait bien de la barbarie des Huns. Quand les Romains lâchaient des fauves sur des êtres humains, ne s’agissait-il pas de la barbarie romaine? Alors pourquoi, cette barbarie là, est innommable? Pourquoi n’est-elle pas islamiste?

Parce que la dimension politique de l’islam, que peut occulter savamment Esther Benbassa, sans jamais être capable de la nier, contient en son sein la menace terroriste, et parce que justement il est impensable de légiférer sur la mode féminine dans une démocratie, il semble que la ministre chargée des droits de la femme et qu’en fait tous les démocrates dignes de ce nom, soient en droit de manifester leur mécontentement face à une nouvelle pénétration des codes de l’islam dans la normalité de notre quotidien.

Mais l’universitaire n’aime pas rentrer au fond des choses, ni étayer ses affirmations péremptoires.

«Comment a-t-elle pu justifier l’emploi du mot – intolérable – de «nègre» par l’usage qu’en fit Montesquieu il y a plus de deux siècles ? Sait-elle seulement qu’on ne voit plus aujourd’hui en Montesquieu un penseur anti-esclavagiste, mais un auteur beaucoup plus ambivalent, comme le furent d’ailleurs, globalement les Lumières ?» S’offusque notre parlementaire. Certes, elle n’a pas tort sur ce terme affreux, mais nous aurions voulu un minimum de développement, ou du moins relativiser cette mise en accusation des Lumières dans leur ensemble, ou éventuellement rappeler le fait que l’islam n’est absolument pas ambivalent concernant l’esclavage…

Comment peut-elle prendre la peine de jeter (un peu, avec ses moyens) un certain discrédit au mouvement fondateur de la culture démocratique et éclairée dont nous jouissons, tout en préconisant l’interdit d’aborder la dimension politique de l’islam, alors que son sujet c’est la banalisation du voile! Où se cache la rigueur, la pertinence et l’analyse dans cette tribune de Libération?

Et là, c’est le pompon! Le gros lot! Dans le sophisme, à part Plenel et Boniface, on ne fait pas plus fort que cette phrase de Benbassa: «Nombre des jeunes femmes voilées que nous croisons ressemblent à toutes les jeunes femmes de leur génération, la pratique religieuse en plus.»

En langue française, cela signifie que, selon madame Benbassa, la plupart des jeunes femmes (donc, pas toutes, ni les très jeunes filles, ni les femmes âgées, etc.) pratiquant l’islam ressemblent à toutes les jeunes de leur temps, sauf qu’elles pratiquent toutes les religions au monde y compris être agnostique, à moins de supposer que la pratique de l’islam serait la seule pratique religieuse valable.

Le droit de s’exprimer est sacré, dans le cadre de la démocratie, et en tant que citoyenne il est indéniable que Esther Benbassa a le droit de publier toutes les tribunes qu’elle peut s’offrir.

Ce qui est le plus déroutant après avoir lu cet article qui ne dit rien, au final, mis à part que seuls les gens qui pensent comme elle devraient s’exprimer sur l’islam, c’est que cette dame est Sénatrice, et directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne.

Voici le lien vers l’article en question, car après tout, c’est tellement gros, que l’on pourrait croire que je sors les citations hors de leur contexte.

Et pour preuves, ces deux dernières.

«Mme Badinter déclarait il y a peu qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe». Qui, aujourd’hui, oserait déclarer qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’antisémite» ?»

Alors madame Benbassa, nous allons vous expliquer la différence entre l’islamophobie et l’antisémitisme.

L’islamophobie est la supposée peur/panique de l’islam, l’antisémitisme est la haine à l’encontre des juifs. Dans le premier cas, c’est une idéologie qui est dénoncée, dans le second, des individus.

Et encore, je devrais lui apprendre que ce sont les concepts d’islamophobie et d’antisémitisme qui sont eux-mêmes caduques, mais, je pense lui avoir suffisamment fourni matière à réfléchir si elle me lisait un jour.

La dernière citation est révélatrice du sens réel de cette intervention dénuée de tout jugement, à savoir un coup de com’ politique, quand elle conclut: «Ces polémiques indignes ne font le lit que de la haine. Concentrons-nous sur l’essentiel. Quant à nos ministres et intellectuels germanopratins, une petite promenade hors de leurs ghettos les aiderait sûrement à révoquer en doute quelques-unes de leurs certitudes.»

Peut-être, mais vous les alimentez, chère madame Benbassa, et non, les femmes d’Iran, d’Algérie ou de Tunisie, pour ne citer qu’elles, qui se battent au péril de leur vie pour que leur corps ne soit plus considérer comme une source de honte et de convoitise, n’ont pas choisi de haïr leurs bourreaux, mais elles luttent contre leur haine misogyne et sectaire qu’on leur impose au nom de la charia.

Enfin, je veux bien me concentrer sur l’essentiel avec vous madame la Sénatrice, mais quel est-il alors cet essentiel? Quoi? Pas une indication? Seriez-vous une politicienne démagogue souhaitant demeurer dans les ors de la République?

Un combat de grand-mère donc? C’est clair que lorsque l’on fait comme constat suite aux attentats qu’il est préférable de dénoncer les dérives de la mode plutôt que celles de l’islam politique, on ne peut qu’avoir le QI d’un nourrisson.

 

RS

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