Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 1

       Le 23 juin dernier, les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union Européenne. Cette décision est, sans aucun doute, catastrophique pour le Royaume-Uni, et cela devrait être assez grave pour émouvoir l’ensemble de la civilisation occidentale. Mais, en retournant le problème sous toutes ses facettes, depuis une semaine maintenant, je ne parviens pas à imaginer un scénario possible qui ne soit pas dramatique pour toute l’Europe.

Je vous propose de découper le problème en deux gros morceaux: le Royaume-Uni (RU), et l’UE.

Ensuite, allons plus au fond de chacun des deux sujets. Une compréhension de la situation immédiate impose le fait d’envisager les cas de figure les plus probables sur du court terme.

Les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni.

Les conséquences immédiates.

Avec un taux de participation de 72%, les Britanniques se sont d’abord offerts une belle crise politique.

David Cameron, coupable d’avoir joué avec l’UE comme d’un instrument de politique intérieur, a eu au moins l’élégance de présenter sa démission.

Il était évident que Boris Johnson n’allait pas se faire remercier par ses collègues à Westminster, pour avoir mener la campagne du «out». Le fait est, que personne n’imaginait en Grande-Bretagne que la sortie l’emporte.

Concernant Jeremy Corbyn, qui déclarait, lors des débats de la campagne, qu’il fallait plus d’Europe, parce qu’il fallait plus d’immigrés, il serait juste de considérer qu’il a fait campagne contre l’UE.

Evidemment, si l’on considère qu’une campagne référendaire ne sert qu’à parler à ceux qui pensent comme soi, au lieu de convaincre les autres, Corbyn n’aura pas été le simple égocentrique carriériste, dogmatique et présomptueux du champ politique au RU qu’il paraît être depuis une semaine, mais juste un incompétent despotique.

Il est impossible de parler de Ukip, sans parler de son traitement médiatique. Au RU, les médias de masse pensent que lutter contre Ukip se résume à se moquer de ce parti et de son leader. Les médias britanniques ne comprennent pas que ce matraquage conforte les électeurs de Ukip et lui attire de nouvelles sympathies.

Donc, les conservateurs sont en crise, les travaillistes aussi, et la droite nationaliste a le vent en poupe.

Le RU est un pays éminemment libéral, l’une de ses forces principales vient de cette position de pont financier entre l’Europe et les Etats-Unis. Une dévaluation de la livre aurait pu jouer en faveur des exportations britanniques, mais le secteur industriel britannique, qui survit tant bien que mal, va subir des délocalisations de la part de multinationales extra-européennes qui n’investissaient au RU que parce qu’il était une porte d’entrée pour le marché européen.

La logique est la même concernant une bonne partie du secteur boursier de la City. Certainement, les investisseurs vont se détourner de Londres au profit de Francfort, Paris et Amsterdam, cependant, le mouvement de fond qui se profile chez les financiers est de considérer que l’Europe, dans son ensemble, n’est plus un marché sûr. Nous reviendrons sur ce point.

L’une des premières incongruités du vote britannique est le taux extrêmement élevé chez les séniors en faveur de la sortie. Ils étaient en-dehors de la zone euro, et, à cause de leur propre vote, leur retraite va se voir déprécier de 30% le jour de la sortie du RU de l’UE. Dans le cas le moins grave.

Et d’une façon générale, le système social britannique subira les répercussions de plein fouet de la crise économique majeure que connaîtra le RU, et dont on voit depuis une semaine les effets immédiats: HSBC (une banque suisse, donc qui n’a pas de pression politique de son gouvernement, ne faisant pas partie de l’UE) a annoncé la suppression de mille emplois, la livre sterling atteint des records de baisse inégalés depuis 30 ans, sans compter que tous les produits européens seront 10% plus chers le jour de la sortie du RU du marché commun.

Selon ce que Cameron a déclaré, le 2 septembre, un nouveau gouvernement entrera en fonction. L’un de ses rôles principaux sera de négocier le Brexit en activant l’article 50 du Traité de Lisbonne.

Parmi les eurosceptiques, les plus responsables souhaitent conserver une position privilégiée par rapport à l’UE, nous verrons pourquoi ils rêvent. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur ceux qui regrettent le résultat de la semaine dernière; on ne peut pas greffer de colonnes vertébrales.

Enfin, la montée du racisme en Angleterre semble être un facteur à prendre en compte dans la compréhension du résultat de ce référendum.

Il semble intéressant de souligner la différence du traitement de ce phénomène au RU et en-dehors.

Les médias et le gouvernement britanniques mettent en avant les cas de xénophobie qui atteignent les familles polonaises.

Ceux qui étaient pour le RU dans l’UE, quand ils décrivent le racisme poussant le prolétariat anglo-saxon, selon eux, à voter contre l’UE, ils parlent d’un racisme contre les «asiatiques».

Quand vous écoutez les électeurs du Ukip, ou celui des conservateurs qui ont voté pour la sortie, ils parlent des musulmans.

Les observateurs étrangers ne s’y trompent pas.

Ce vote débile et décevant, laisse les conservateurs en place pendant deux ans, ne semble pas affecter l’admirateur de dictatures qu’est Corbyn, et va donner deux ans à une véritable force d’extrême-droite pour émerger dans un RU, qui, jusque là, en était exempt pour des raisons historiques.

 

RS

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