Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 4

Les conséquences du Brexit pour l’Union Européenne (suite).

Les conséquences à court terme.

Dans cette dernière partie du dossier sur le Brexit, il paraît nécessaire de nous pencher sur les négociations concernant la sortie du Royaume-Uni (RU) de l’UE.

D’abord, le prochain gouvernement britannique pourrait bénéficier de conditions extrêmement avantageuses lors du retrait du RU de l’UE.

Comme je l’ai signalé, ce souhait de la classe dirigeante britannique n’est qu’un vœu pieux.

Certainement, les négociateurs britanniques pourront compter sur le soutien de la Pologne ou celui, de façade, de l’Allemagne, par exemple, mais cela ne sera pas suffisant.

En premier lieu, parce que les Allemands sont devenus la tête et le portefeuille de l’Union, et qu’ils le savent, malgré la persévérance, en France, de la croyance que notre pays joue à armes égales avec la République Fédérale.

Aussi, l’Allemagne est non-seulement responsable de la viabilité politique de l’UE (bien plus qu’aucun autre Etat), mais, de surcroît, son secteur financier sera le premier gagnant d’un Brexit devenu effectif. Quand on vous offre pouvoir et richesse, on y réfléchit à deux fois avant de repousser ces avantages, même quand on est déjà riche et puissant.

Il serait inconvenant, outre-Rhin, de se réjouir de la décision britannique, et peu conforme au rôle de leader que l’Allemagne entend assumer dans l’UE, que de faire montre d’hostilité envers la Grande-Bretagne dans ces instants si difficiles.

Mais Angla Merkel l’a bien dit; le processus de sortie ne pourra pas prendre trop de temps, et selon les bruits rapportés par les journalistes, le personnel politique allemand est beaucoup moins diplomatique que la Chancelière; ils n’ont jamais caché qu’ils n’entendaient pas faire de cadeau aux Anglais après leur référendum.

Les autres Etats d’Europe, qui seraient favorables à faire des concessions à nos amis d’outre-Manche, sont motivés par le nombre de leurs ressortissants qui résident en Grande-Bretagne, mais surtout par le fait que ce pays est un membre essentiel de l’OTAN.

Ces Etats, pour des raisons historiques, sont très inquiets par les velléités expansionnistes de la Russie, et Vladimir Poutine a fait en sorte que cette menace devienne un sujet d’actualité.

Nous voyons donc, que si l’Allemagne veut instaurer un peu de discipline parmi les autres pays de l’UE, il lui faudra donner des garanties aux pays de l’Est favorables au RU, concernant leur sécurité et le sort de leurs ressortissants en Grande-Bretagne. Il faudra donc s’attendre à un changement constitutionnel en Allemagne, afin que la Bundeswehr ait les moyens de participer selon son rang à la défense de l’Europe.

La France, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, et d’autres, estiment que les Britanniques doivent payer le prix de leur vote. Ces pays qui se plient aux injonctions de Bruxelles, avec tous les effets pervers que produit une politique technocratique d’austérité, seront réticents à ce que le RU y gagne quoi que ce soit.

Il faut donc exclure un arrangement accordant pour le RU, et c’est là qu’il deviendra limpide que l’Allemagne, malgré la civilité des éléments de langage de ses dirigeants, ne refusera pas le rendez-vous avec l’Histoire que le RU a planifié pour elle.

Cependant, il n’est dans l’intérêt d’aucun partenaire européen d’aggraver la situation du RU, car, chacun le comprend bien, si les Britanniques ont fait un très mauvais choix, ce choix pénalise aussi le reste du continent.

Alors, comment, dans ce cas, ne pas revenir sur l’absurdité du vote des Britanniques? Ils n’avaient pas l’euro, ils n’étaient pas dans Schengen et tous les avantages qu’ils avaient (une véritable exception britannique au sein de l’Union), n’étaient que les fruits de leur participation à l’UE.

La seule marge possible de négociation que le RU et l’UE ont, est à placer au niveau de la libre circulation des personnes. S’ils veulent acheter et vendre dans le marché européen sans entrave, ils doivent accepter l’immigration.

Ce qui est assez ironique lorsque l’on pense que c’est sur l’immigration que les partisans du Brexit ont axé leur campagne. En plus de l’immigration européenne, ils auront celle venue d’en-dehors de l’Europe.

Mais, comme nous l’avons mentionné, c’est au niveau politique que l’onde de choc du Brexit risque d’être la plus visible pour les Etats européens.

En France, nous en sommes réduits à espérer que les islamistes ne nous attaqueront pas d’ici les présidentielles, car Alain Juppé et son camp divisé, ne pourront pas endiguer la poussée du FN, alors que la gauche est déjà distancée par son extrême.

D’aucuns pensent que le Brexit fera réfléchir à deux fois les euro-sceptiques, je les crois, moi, partout renforcés en Europe.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les dirigeants politiques parlent de réformer les institutions européennes et de défense commune. Mais, le divorce entre eux et les nations est consommé, et sans diplomatie commune, il ne peut y avoir autre chose que des alliances, ce qui est déjà le cas. De plus, l’OTAN, telle qu’elle se présente aujourd’hui, empêche la création d’une union de la défense.

En Espagne, les conservateurs ont remporté les législatives, trois jours après le référendum britannique, sortant ainsi les socialistes du PSOE. Ces derniers n’ont obtenu que 14 sièges de plus que Unidos Podemos. Or, si le résultat est tout à fait conforme à l’alternance qui existe en Espagne depuis près de trente ans, cela ne doit pas occulter certains faits.

Les Espagnols ont majoritairement souhaité un gouvernement très libéral, donc, prompt à mener une politique de restriction budgétaire qui sera très similaire à celle des socialistes, alors que la situation économique du pays pèse lourdement sur les classes moyennes et pauvres. L’élément déterminant de ce scrutin fut, selon moi, la crise migratoire, pas tant celle des réfugiés syriens, que celle du flot continu venant d’Afrique, auquel les Espagnols doivent faire face.

Enfin, des élections régionales se dérouleront au Pays basque, en automne. Le Brexit et le cas écossais ne peuvent pas ne pas donner quelques idées aux indépendantistes.

En Slovaquie, les sociaux-démocrates sont alliés, depuis mars dernier, à l’extrême-droite. Ensemble, ils accusent l’Union de mille maux, et la campagne législative a été marquée par les positions très abruptes de Robert Fico (le premier ministre), concernant, non pas l’islamisme, mais les musulmans, en général. Notons que la Slovaquie assure la présidence de l’UE; elle est favorable au Brexit, sans surprise.

En Italie, le Mouvement 5 Etoiles (M5G), ne cesse de progresser, Virginia Raggi s’est faite élire à la mairie de Rome, le 19 juin. L’état catastrophique de la vie politique italienne est le terreau idéal sur lequel fleurit un populisme hybride issu des deux extrêmes. Ce qui n’est pas sans rappeler notre cas en France.

Avant la fin de l’année, les Croates iront voter pour leurs législatives, les Autrichiens seront rappelés aux urnes, en octobre, pour revoter l’élection présidentielle, les Lituaniens éliront leurs députés, et leurs angoisses, face à une Russie agressive et mitoyenne, s’exprimeront dans leur suffrage.

De même, l’élection présidentielle en Bulgarie, qui doit avoir lieu le même mois d’octobre 2016, pourrait bien révéler une fracture entre pays d’Europe centrale et orientale, et l’Europe occidentale.

Dans cette optique, encore, le rôle de l’Allemagne sera déterminant pour la suite des événements.

Nul besoin d’établir une liste exhaustive de la situation politique de chaque pays en Europe: le Brexit est un boulevard pour les extrémistes.

Nous avons tellement pris l’habitude de blâmer l’UE, qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Soit l’UE se réforme de fond en comble, et se dote de mécanismes démocratiques, en insistant sur une intégration accrue, soit elle disparaîtra.

Mais, sa réforme démocratique semble improbable puisqu’elle ne tient qu’à nos politiciens. Ces médiocres gouvernants n’assumeront jamais leurs propres manquements qui sont à l’origine des désordres de nos sociétés.

Ces lâches nababs sont incapables de se remettre en question, comment s’attendre à ce qu’ils s’accusent?

Enfin, si l’on écoutait attentivement le désespoir de nos nations européennes, nous entendrions qu’il n’est pas dû à une xénophobie ontologique à l’Européen, comme certains le disent, et, encore moins, à un rejet de la civilisation européenne.

Avec la pénétration de l’islam sur le sol européen, les problématiques nouvelles qu’il suscite n’ont eu comme réponse que le déni, voire le mépris, de la part du personnel politique. Seule l’extrême-droite a énoncé le problème. Certes, avec ses référents, certes, avec des affirmations et des sous-entendus honteux, mais, elle demeure le seul courant politique en Europe qui s’adresse à ceux qui ont peur de l’ampleur que prend l’islam dans nos sociétés.

Plus que jamais, la critique de l’islam est nécessaire à la refonte idéologique d’une gauche ayant perdu ses repères depuis 25 ans, avant qu’une critique malhonnête, erronée et généralisatrice ne devienne la clé du pouvoir aux mains des racialistes.

Quant à la possibilité de la montée au pouvoir de l’extrême-gauche dans un pays européen, je n’y crois guère; nos sociétés sont beaucoup trop consuméristes et riches pour qu’une majorité abandonne son confort au profit supposé d’une classe sociale défavorisée qui n’a vu sa condition s’améliorer dans aucun Etat dominé par la dictature du prolétariat.

Si l’on ne veut pas perdre l’UE et la démocratie dans l’ensemble du continent, les politiques, qui ont trahi leurs pays respectifs, qui ont trahi le projet européen et qui bafouent la démocratie au quotidien, doivent se faire éjecter de leurs postes par le peuple. Une seule condition pour que ce remplacement ne s’effectue pas au seul bénéfice des extrémistes; que les citoyens progressistes s’investissent et acceptent de mettre leurs mains dans le cambouis.

Alors, on y va quand?

 

RS

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