Trump et nous.

       L‘élection de Donald Trump à la Maison Blanche est un événement mondial, cela n’aura échappé à personne.

Il n’en reste pas moins que l’enjeu est avant tout américain.

Aucun président ne peut, seul, changer la politique américaine. Non seulement le Congrès (surtout le Sénat) est primordial dans le système institutionnel américain, mais surtout, l’Administration n’est pas modifiée du tout au tout avec l’arrivée d’un nouveau président.

L’Etat-nation a prospéré dans le cadre d’un système capitaliste industriel où le siège du pouvoir se trouvait dans des parlements sensés représenter le peuple.

Puis, les démocraties (chacune à son rythme) sont peu à peu passer de l’Etat-nation à l’Etat-providence. Aux Etats-Unis le processus s’est effectué entre les deux guerres, en Europe, principalement après la Seconde guerre mondiale.

Ce passage s’est accompagné d’une modification du système économique dans lequel l’élément financier prédomine la dimension productiviste et industrielle. Glissant ainsi du cadre capitalise pur à celui du libéralisme financier, l’Etat-providence n’a plus besoin d’une nation de citoyens, mais de consommateurs; le centre décisionnel politique s’est donc translaté des parlements aux administrations.

L’élection de Trump ne changera pas grand chose directement.

Les mesures qu’il a annoncées tout au long de sa campagne ne seront pas mises en application pour la plupart, car tout changement brutal entraîne une incertitude économique, renforcée par le fait que Trump a une approche plus capitaliste que financière. Or, dans une économie tenue par la finance, cela signifie une crise financière dans une Amérique sur-endettée, avec les conséquences planétaires que cela engendrera.

Nous vivons encore, en Europe, le contre-coup de la crise des subprimes de 2008.

L’Administration américaine va donc le mettre sous tutelle, comme elle l’a fait en matière de défense avec Obama.

Nous connaissons sur le vieux continent, et particulièrement en France, un schéma similaire, mais néanmoins différent.

Aucun mouvement politique n’a pu encore faire un constat juste sur l’état du monde après la chute du bloc soviétique, et de cette faute d’appréciation découle une accumulation d’erreurs qui mettent le régime démocratique en danger.

La division factice entre gauche et droite de gouvernement n’a aucune incidence pratique sur le terrain, elle ne sert que les intérêts d’un personnel professionnel de la politique; des politiciens qui considèrent les électeurs comme des clients. Alors on doit faire appel à leurs sentiments, avec démagogie, on joue sur leurs peurs, avec leurs croyances religieuses, leurs haines et leur mesquinerie.

Les citoyens s’impliquent de moins en moins dans la vie politique et cessent de voter, d’autres fuient vers les extrêmes, ou encore, ils se cramponnent à leur famille politique avec le fanatisme des sectaires.

La divergence de points de vue n’est plus la richesse d’un débat mené de bonne foi avec comme seul objectif l’intérêt général, mais une lutte fratricide au sein d’une même nation.

C’est ce que veulent les professionnels de la politique… Tant que les extrêmes peuvent être contenus par des aides sociales et la sécurité d’une société en paix.

Mais quand les gouvernants ne peuvent plus garantir la prospérité, ni la sécurité, ni même la paix, alors, les extrêmes se renforcent : c’est la situation de la plupart des pays occidentaux actuellement.

Dès ce constat posé, la question qui s’impose est celle du tempo des alternances.

Je m’explique: le système politico-économique dans lequel nous vivons se meurt, aussi l’enjeu primordial de tout démocrate de nos jours n’est plus l’environnement, l’économie ou le droit social, mais bel et bien la préservation du régime démocratique duquel toutes les solutions dépendent. Or, d’une part, l’extrême-gauche n’a aucune chance de parvenir au pouvoir dans des pays dans lesquels la classe moyenne est majoritaire, et d’autre part, l’extrême-droite ne passe au pouvoir qu’après l’échec de la gauche ou avec l’explosion de la droite conservatrice. Souvenons-nous que l’extrême-droite n’est pas conservatrice, elle est révolutionnaire, mais elle s’appuie toujours sur une base réactionnaire, constituée de conservateurs qui ont une peur-panique d’un bouleversement qu’ils imaginent inéluctable et à leur détriment.

Si l’on prend le cas de la France, cela ressort clairement: Chirac et Juppé ont démontré qu’ils ne pouvaient pas mieux faire que Mitterrand et Balladur; après la dissolution, Jospin a démontré qu’il menait une politique clairement libérale. Le 11 septembre, la montée du phénomène islamiste en France, sur fond de seconde intifada importée sur le sol de la République, et qui a donné le spectacle navrant que la «rue arabe» et ses cortèges fanatisés et violents faisaient désormais partie du paysage urbain français; tous ces éléments ont conduit à faire passer Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002.

Ce n’est donc pas sans cohérence que cinq années plus tard, les Français ont préféré la droite dure de Sarkozy, à la « France juste » de Royal.

Dès lors, la montée des extrêmes était immuable en l’absence d’un renouvellement doctrinal de la gauche. La gauche gouvernementale a davantage assumé un libéralisme total, et la gauche contestataire n’a gardé de l’époque soviétique que le caractère idolâtre des pires régimes du monde actuel. Bref, une entreprise de haute trahison, payée par nos impôts.

C’est pour cela qu’il fallait voter Sarkozy en 2012, pour au moins se donner les moyens d’espérer que la gauche prenne le temps d’offrir une vision neuve de la politique, qu’elle en ait la possibilité.

Parce qu’une gauche non préparée, sans véritable projet, ne pouvait qu’échouer dans le contexte économique et international du siècle naissant.

Puisque la droite molle s’était manquée, suivie par la droite dure, puis par la gauche molle, et qu’il ne faut pas s’attendre à ce que l’extrême-gauche remporte la majorité des voix dans un pays riche comme la France, nous comprenons que la montée au pouvoir de l’extrême-droite est imminente et que seuls des sursauts (que l’on pourrait qualifier de spasmes si l’avenir se révélait être sombre) seraient à même de contrer pour encore quelques années.

Plus les citoyens tarderont à faire émerger un nouveau mouvement progressiste, moins il y aura de chances de parvenir à devenir une force qui puisse arrêter l’ascension de l’extrême-droite.

Donald Trump s’est fait élire 45e président des Etats-Unis, où l’extrême-droite est exclue du pouvoir depuis au moins Lincoln. Il ne sera pas un bon président, et ce choix aura de graves conséquences aux Etats-Unis et dans le monde. Mais après lui, les démocrates passeront, même s’il effectue deux mandats.

Si Marine Le Pen devient Présidente de la République, qui veut parier qu’il y aura d’autres élections libres après?

RS

Publicités
Cet article, publié dans Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s