Bachar a gagné; la guerre ne fait que commencer.

     Aujourd’hui, à Sotchi, Vladimir Poutine rencontrait les dirigeants turc et iranien. La veille, il avait accueilli Bachar Al-Assad, et pour cause; le président russe a annoncé la fin de la guerre de Syrie.

Pour nous, en France, cela signifie avant tout la victoire sur l’Etat Islamique (EI). Nous en réjouir serait fort mal comprendre le phénomène.

Daesh a démontré qu’après la chute d’Al-Qaïda en Afghanistan le mouvement djihadiste était capable de fonder un Etat dans tout le monde sunnite où une zone géographique était abandonnée par les institutions régaliennes officielles. On l’a vu avec AQMI, en Afrique de l’Est et de l’Ouest, en Lybie, en Irak et en Syrie.

En premier lieu, l’EI est encore présent dans cette zone syro-irakienne. Il est possible qu’ils disparaissent, à la condition qu’ils bénéficient de la complicité des Turcs, des Iraniens ou des Syriens, et plus probablement, de la complicité combinée de ces trois régimes. Mais, même si cela se produisait, nous verrions bientôt un nouvel Etat djihadiste surgir à la première occasion dans le monde sunnite.

Ensuite, si à Sotchi Vladimir Poutine a annoncé la fin des opérations militaires en Syrie, c’est donc que la victoire ne peut être réclamée par les Occidentaux. Preuve en est; Bachar Al-Assad est toujours en place, et c’est tout juste s’il ne fait pas partie des vainqueurs officiels. Dans quelques semaines, mille deux cents représentants de toutes les tendances en Syrie, devront se réunir sous l’égide de la Russie afin de trouver un terrain d’entente sur les réformes à apporter au pays. D’une part, on n’imagine sans peine la cacophonie que représentera cette conférence de mille deux cents opposants, desquels, les démocrates progressistes en sortiront les grands perdants. D’autre part, quand on sait que le multipartisme en Russie signifie que des petits partis peuvent exister, à condition qu’ils suivent et ne critiquent jamais la politique du gros parti du président, le scepticisme s’impose, juste par peur de passer pour un imbécile en soutenant que la Russie et Bachar instaureront un régime démocratique après la conférence.

Dans ces conditions, croyez-vous que les réfugiés syriens voudront retourner dans leur pays?

A-t-on trouvé une solution au problème du retour des djihadistes en Europe?

L’absence des Européens, de la France, et des Etats-Unis en dit long sur la nouvelle donne mondiale.

Car il ne s’agit ni plus ni moins que d’assumer un leadership mondial.

La Turquie, membre de l’OTAN, extrêmement proche de l’UE et soutenue par Washington, a joué un rôle plus que trouble lors de l’avancée de l’EI en Syrie; quant à son rôle vis-à-vis des seuls alliés objectifs des démocraties dans la région que sont les Kurdes, il est clairement criminel.

Or, voici que la plupart des musulmans d’Europe se retrouvent, bon gré, mal gré, représentés au niveau des plus hautes instances communautaires, par des dirigeants proches de la mouvance d’Erdogan. On se souvient que ce dernier n’a pas hésité à donner des instructions de vote lors d’élections européennes, selon ses propres intérêts, qu’il a tendance à confondre avec ceux du peuple turc.

La présence turque à Sotchi renforce considérablement le régime de l’AKP.

Et que dire de l’Iran? L’arc chiite est devenu un cercle de feu. Liban, Syrie, et Irak sont ses dépendances du Nord. Le Yémen et le Hamas ses satellites du Sud. On peut y ajouter le Qatar, qui se retrouve au cœur d’un ouragan, et qui, tôt ou tard, devra faire appel plus ouvertement au soutien iranien. L’Arabie Saoudite allait-elle accepter l’encerclement? Supporter sans rien dire la concurrence politique et religieuse? Là encore, quand la France tente de faire entendre sa voix au Liban, lors de l’affaire de la démission d’Hariri, son action est à la diplomatie, ce que le buzz est au journalisme. Très utile en accessoire, mais une perte de temps quand c’est le principal.

Allons-nous percevoir une nette diminution des attaques de véhicules? Des bombes artisanales? Des attaques au couteau, à la machette ou à la hache?

On ne reconnaît pas aux Kurdes un Etat. On va accepter qu’Assad, qui avait ouvert ses prisons pour permettre aux djihadistes de former une armée, gagne la partie alors qu’il était la source du problème.

Combien de soldats des forces spéciales ont combattu auprès des Kurdes, de pilotes, de marins? Combien de Français sont tombés? Leur mort nous permet-elle de peser sur le règlement du conflit? Que vont devenir les réfugiés syriens?

Les régimes russe, turc et iranien nous annoncent, ce 22 novembre, qu’ils ont mis fin à la guerre de Syrie, donc, qu’ils nous protègent, nous les Européens. Ils s’affichent en alliés et en puissances.

Mais, on ne crée pas d’alliance stratégique sans avoir un adversaire. Ce n’est pas la Chine, ni le Japon, l’Afrique appartient déjà à d’autres, et les Américains sont un continent-île, pour l’instant, trop puissant…

 

RS

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