Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 4

Les conséquences du Brexit pour l’Union Européenne (suite).

Les conséquences à court terme.

Dans cette dernière partie du dossier sur le Brexit, il paraît nécessaire de nous pencher sur les négociations concernant la sortie du Royaume-Uni (RU) de l’UE.

D’abord, le prochain gouvernement britannique pourrait bénéficier de conditions extrêmement avantageuses lors du retrait du RU de l’UE.

Comme je l’ai signalé, ce souhait de la classe dirigeante britannique n’est qu’un vœu pieux.

Certainement, les négociateurs britanniques pourront compter sur le soutien de la Pologne ou celui, de façade, de l’Allemagne, par exemple, mais cela ne sera pas suffisant.

En premier lieu, parce que les Allemands sont devenus la tête et le portefeuille de l’Union, et qu’ils le savent, malgré la persévérance, en France, de la croyance que notre pays joue à armes égales avec la République Fédérale.

Aussi, l’Allemagne est non-seulement responsable de la viabilité politique de l’UE (bien plus qu’aucun autre Etat), mais, de surcroît, son secteur financier sera le premier gagnant d’un Brexit devenu effectif. Quand on vous offre pouvoir et richesse, on y réfléchit à deux fois avant de repousser ces avantages, même quand on est déjà riche et puissant.

Il serait inconvenant, outre-Rhin, de se réjouir de la décision britannique, et peu conforme au rôle de leader que l’Allemagne entend assumer dans l’UE, que de faire montre d’hostilité envers la Grande-Bretagne dans ces instants si difficiles.

Mais Angla Merkel l’a bien dit; le processus de sortie ne pourra pas prendre trop de temps, et selon les bruits rapportés par les journalistes, le personnel politique allemand est beaucoup moins diplomatique que la Chancelière; ils n’ont jamais caché qu’ils n’entendaient pas faire de cadeau aux Anglais après leur référendum.

Les autres Etats d’Europe, qui seraient favorables à faire des concessions à nos amis d’outre-Manche, sont motivés par le nombre de leurs ressortissants qui résident en Grande-Bretagne, mais surtout par le fait que ce pays est un membre essentiel de l’OTAN.

Ces Etats, pour des raisons historiques, sont très inquiets par les velléités expansionnistes de la Russie, et Vladimir Poutine a fait en sorte que cette menace devienne un sujet d’actualité.

Nous voyons donc, que si l’Allemagne veut instaurer un peu de discipline parmi les autres pays de l’UE, il lui faudra donner des garanties aux pays de l’Est favorables au RU, concernant leur sécurité et le sort de leurs ressortissants en Grande-Bretagne. Il faudra donc s’attendre à un changement constitutionnel en Allemagne, afin que la Bundeswehr ait les moyens de participer selon son rang à la défense de l’Europe.

La France, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, et d’autres, estiment que les Britanniques doivent payer le prix de leur vote. Ces pays qui se plient aux injonctions de Bruxelles, avec tous les effets pervers que produit une politique technocratique d’austérité, seront réticents à ce que le RU y gagne quoi que ce soit.

Il faut donc exclure un arrangement accordant pour le RU, et c’est là qu’il deviendra limpide que l’Allemagne, malgré la civilité des éléments de langage de ses dirigeants, ne refusera pas le rendez-vous avec l’Histoire que le RU a planifié pour elle.

Cependant, il n’est dans l’intérêt d’aucun partenaire européen d’aggraver la situation du RU, car, chacun le comprend bien, si les Britanniques ont fait un très mauvais choix, ce choix pénalise aussi le reste du continent.

Alors, comment, dans ce cas, ne pas revenir sur l’absurdité du vote des Britanniques? Ils n’avaient pas l’euro, ils n’étaient pas dans Schengen et tous les avantages qu’ils avaient (une véritable exception britannique au sein de l’Union), n’étaient que les fruits de leur participation à l’UE.

La seule marge possible de négociation que le RU et l’UE ont, est à placer au niveau de la libre circulation des personnes. S’ils veulent acheter et vendre dans le marché européen sans entrave, ils doivent accepter l’immigration.

Ce qui est assez ironique lorsque l’on pense que c’est sur l’immigration que les partisans du Brexit ont axé leur campagne. En plus de l’immigration européenne, ils auront celle venue d’en-dehors de l’Europe.

Mais, comme nous l’avons mentionné, c’est au niveau politique que l’onde de choc du Brexit risque d’être la plus visible pour les Etats européens.

En France, nous en sommes réduits à espérer que les islamistes ne nous attaqueront pas d’ici les présidentielles, car Alain Juppé et son camp divisé, ne pourront pas endiguer la poussée du FN, alors que la gauche est déjà distancée par son extrême.

D’aucuns pensent que le Brexit fera réfléchir à deux fois les euro-sceptiques, je les crois, moi, partout renforcés en Europe.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les dirigeants politiques parlent de réformer les institutions européennes et de défense commune. Mais, le divorce entre eux et les nations est consommé, et sans diplomatie commune, il ne peut y avoir autre chose que des alliances, ce qui est déjà le cas. De plus, l’OTAN, telle qu’elle se présente aujourd’hui, empêche la création d’une union de la défense.

En Espagne, les conservateurs ont remporté les législatives, trois jours après le référendum britannique, sortant ainsi les socialistes du PSOE. Ces derniers n’ont obtenu que 14 sièges de plus que Unidos Podemos. Or, si le résultat est tout à fait conforme à l’alternance qui existe en Espagne depuis près de trente ans, cela ne doit pas occulter certains faits.

Les Espagnols ont majoritairement souhaité un gouvernement très libéral, donc, prompt à mener une politique de restriction budgétaire qui sera très similaire à celle des socialistes, alors que la situation économique du pays pèse lourdement sur les classes moyennes et pauvres. L’élément déterminant de ce scrutin fut, selon moi, la crise migratoire, pas tant celle des réfugiés syriens, que celle du flot continu venant d’Afrique, auquel les Espagnols doivent faire face.

Enfin, des élections régionales se dérouleront au Pays basque, en automne. Le Brexit et le cas écossais ne peuvent pas ne pas donner quelques idées aux indépendantistes.

En Slovaquie, les sociaux-démocrates sont alliés, depuis mars dernier, à l’extrême-droite. Ensemble, ils accusent l’Union de mille maux, et la campagne législative a été marquée par les positions très abruptes de Robert Fico (le premier ministre), concernant, non pas l’islamisme, mais les musulmans, en général. Notons que la Slovaquie assure la présidence de l’UE; elle est favorable au Brexit, sans surprise.

En Italie, le Mouvement 5 Etoiles (M5G), ne cesse de progresser, Virginia Raggi s’est faite élire à la mairie de Rome, le 19 juin. L’état catastrophique de la vie politique italienne est le terreau idéal sur lequel fleurit un populisme hybride issu des deux extrêmes. Ce qui n’est pas sans rappeler notre cas en France.

Avant la fin de l’année, les Croates iront voter pour leurs législatives, les Autrichiens seront rappelés aux urnes, en octobre, pour revoter l’élection présidentielle, les Lituaniens éliront leurs députés, et leurs angoisses, face à une Russie agressive et mitoyenne, s’exprimeront dans leur suffrage.

De même, l’élection présidentielle en Bulgarie, qui doit avoir lieu le même mois d’octobre 2016, pourrait bien révéler une fracture entre pays d’Europe centrale et orientale, et l’Europe occidentale.

Dans cette optique, encore, le rôle de l’Allemagne sera déterminant pour la suite des événements.

Nul besoin d’établir une liste exhaustive de la situation politique de chaque pays en Europe: le Brexit est un boulevard pour les extrémistes.

Nous avons tellement pris l’habitude de blâmer l’UE, qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Soit l’UE se réforme de fond en comble, et se dote de mécanismes démocratiques, en insistant sur une intégration accrue, soit elle disparaîtra.

Mais, sa réforme démocratique semble improbable puisqu’elle ne tient qu’à nos politiciens. Ces médiocres gouvernants n’assumeront jamais leurs propres manquements qui sont à l’origine des désordres de nos sociétés.

Ces lâches nababs sont incapables de se remettre en question, comment s’attendre à ce qu’ils s’accusent?

Enfin, si l’on écoutait attentivement le désespoir de nos nations européennes, nous entendrions qu’il n’est pas dû à une xénophobie ontologique à l’Européen, comme certains le disent, et, encore moins, à un rejet de la civilisation européenne.

Avec la pénétration de l’islam sur le sol européen, les problématiques nouvelles qu’il suscite n’ont eu comme réponse que le déni, voire le mépris, de la part du personnel politique. Seule l’extrême-droite a énoncé le problème. Certes, avec ses référents, certes, avec des affirmations et des sous-entendus honteux, mais, elle demeure le seul courant politique en Europe qui s’adresse à ceux qui ont peur de l’ampleur que prend l’islam dans nos sociétés.

Plus que jamais, la critique de l’islam est nécessaire à la refonte idéologique d’une gauche ayant perdu ses repères depuis 25 ans, avant qu’une critique malhonnête, erronée et généralisatrice ne devienne la clé du pouvoir aux mains des racialistes.

Quant à la possibilité de la montée au pouvoir de l’extrême-gauche dans un pays européen, je n’y crois guère; nos sociétés sont beaucoup trop consuméristes et riches pour qu’une majorité abandonne son confort au profit supposé d’une classe sociale défavorisée qui n’a vu sa condition s’améliorer dans aucun Etat dominé par la dictature du prolétariat.

Si l’on ne veut pas perdre l’UE et la démocratie dans l’ensemble du continent, les politiques, qui ont trahi leurs pays respectifs, qui ont trahi le projet européen et qui bafouent la démocratie au quotidien, doivent se faire éjecter de leurs postes par le peuple. Une seule condition pour que ce remplacement ne s’effectue pas au seul bénéfice des extrémistes; que les citoyens progressistes s’investissent et acceptent de mettre leurs mains dans le cambouis.

Alors, on y va quand?

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 3

Les conséquences du Brexit pour l’Union Européenne.

Les conséquences immédiates.

Au lendemain du Brexit, les places boursières européennes se sont effondrées. Si, une semaine plus tard, elles sont reparties à la hausse, les valeurs britanniques poursuivent leur chute.

J’assiste à quelque chose de très curieux depuis une semaine: j’ai l’impression que mes compatriotes se réjouissent du Brexit. En général, je constate que les Européens ne semblent pas prendre la mesure des conséquences de la sortie du Royaume-Uni.

Peut-être s’imagine-t-on profiter des retombées de l’affaiblissement de la deuxième puissance économique européenne?

Le Brexit a offert à l’Allemagne le rôle de chef de file de l’Union. A la suite du référendum, la première réunion au sommet entre chefs d’Etats européens s’est effectuée à Berlin, sur invitation de la Chancelière.

Cependant, l’effet le plus troublant de la décision britannique pour l’ensemble du continent, sera la flambée de popularité des thèses anti-européennes. Celles-ci sont l’apanage des courants extrémistes, et dans la conjoncture actuelle, gageons que les racialistes soient les plus puissants.

L’élection présidentielle autrichienne a été annulée pour irrégularité par le juge constitutionnel, le nouveau suffrage sera un indicateur sérieux de l’impact du Brexit au-delà des îles britanniques.

Et en France, Jean-Luc Mélenchon, qui pourrait passer au second tour et se retrouver face à Marine Le Pen, s’imagine-t-il qu’il ne soit pas criminel de jouer le sort de la France sur un coup de poker? Car, il est loin d’être certain que Mélenchon soit capable de réunir autour de lui le consensus national nécessaire afin de bloquer Marine Le Pen. Il n’a même pas l’envergure de Chirac!

J’aurais bien voulu dire que tous les Etats européens sont dans une situation similaire, mais ce serait oublier la récession qui frappe la Grèce, le Portugal, les déficits de l’Espagne, de l’Italie et de la Belgique, l’Irlande qui peine à sortir la tête hors de l’eau, l’extrême-droite au pouvoir en Hongrie, le drame de la Roumanie, et les difficultés des Slovaques, des Tchèques et des Croates. Et quid de l’angoisse des Polonais ou des Baltes face à une Russie poutinienne qui démontre que les frontières sont faites pour être franchies et changées en Europe, au XXIe siècle?

Ce climat d’incertitude, qui laisse perplexes les investisseurs concernant le futur proche de l’Europe, ôte tout doute à ceux qui s’imaginent encore qu’un gouvernement britannique quelconque négociera une sortie avantageuse pour le Royaume-Uni.

L’instinct vorace des acteurs économiques européens fera pression sur leurs gouvernements nationaux afin que ceux-ci ne lâchent rien aux Anglais, et, si ces derniers voulaient se faire avaler par les Américains, cela n’allait pas empêcher de dormir les banquiers français, néerlandais, allemands, luxembourgeois, espagnols ou italiens, ni même les banquiers suisses. D’ailleurs, si j’étais un banquier de la City, je me méfierais plus de mouvements venus de Chine, par exemple.

Néanmoins, les financiers sont aussi dépassés par les évènements, la montée des partis d’extrêmes en Europe est la préfiguration de l’écroulement de la construction européenne.

Certainement, cela signifie l’urgence qu’il y a à proposer une alternative à la direction qu’a prise l’Union, mais les échéances électorales, sur fond de menace terroriste et de tension sociale, vont prendre de court toutes les composantes des classes dirigeantes en Europe. Seuls les peuples ne seront pas surpris, mais divisés entre ceux qui seront enthousiasmés par cette fracture et ceux qui seront choqués, hébétés et qui ne sauront comment réagir, comme d’habitude.

C’est pour cela que les effets immédiats du Brexit pour l’UE sont à mettre sur deux plans:

d’une part, l’installation d’un climat économique extrêmement volatile qui se verra gravement impacté à chaque événement qui surviendra en Europe dans les deux prochaines années. Le cercle vicieux est donc à craindre d’ici peu pour l’économie européenne, car c’est un marché qui pourra bientôt susciter la méfiance des professionnels de la finance.

D’autre part, le sentiment anti-européen est aujourd’hui le facteur avec lequel joueront tous les politiques les moins honnêtes et les moins démocrates afin d’accéder au pouvoir. Sans sursaut démocratique populaire pro-européen à travers le continent, tout porte à redouter de nouveaux succès pour les extrêmes d’ici peu.

Les Britanniques ont tout simplement ouvert la boîte de Pandore.

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 2

Les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni (suite).

Les conséquences à court terme.

Vendredi 1er juillet 2016, la famille royale d’Angleterre, accompagnée de David Cameron, s’est rendue en France afin de participer aux cérémonies de commémoration du centenaire de la Bataille de la Somme.

Lors du référendum, les personnes âgées de plus de 65 ans sont celles qui ont le plus voté en faveur de la sortie de l’UE (Union Européenne). Avaient-elles pensé qu’avec leur décision elles offraient l’Europe continentale à la domination allemande? Les Anglais ont combattu pendant les deux guerres mondiales pour aboutir à capituler sans se battre en pleine période de paix. Les Anglais ne sont apparemment pas rancuniers.

Ainsi en est-il de la mémoire de ceux tombés pour notre liberté, mais s’il ne s’agissait que de cela.

Les Britanniques, en sortant de l’UE, ont aussi entamé un processus, qui, me semble-t-il, causera des dommages bien plus profonds pour le Royaume-Uni (RU), et sa disparition en tant que tel, n’est pas inenvisageable.

Dès le lendemain du vote, le SNP, le parti national écossais, a fait savoir que son intention était de rester dans l’Union. Et, dès le lundi de cette semaine tumultueuse outre-Manche, les politiques écossais ont réclamé un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Le résultat du référendum sur le Brexit en Ecosse ne fait pas de doute concernant la volonté d’une majorité d’Ecossais de demeurer au sein de l’UE. De plus, le sentiment pro-européen a été un facteur décisif lors du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2015. Le rattachement au RU fut alors présenté comme la garantie du rattachement à l’Europe.

Il en va de même en Irlande du Nord, mais avec un passif bien plus récent. Lorsque l’on s’aperçoit que la répartition des votes du référendum correspond aux zones catholiques et aux zones unionistes, il ne faut pas négliger la possibilité qu’au sein des 40% d’Ecossais qui ne voudront pas sortir du RU, émerge des groupuscules violents unionistes, comme en Irlande du Nord.

Remarquons aussi la situation brusquement devenue précaire de Gibraltar, de même, que si des troubles venaient à surgir en Irlande du Nord et en Ecosse, il faudra aussi prévoir qu’un mouvement nationaliste gallois voit le jour, car, après tout, les Gallois sont ceux qui reçoivent le plus d’aide de l’UE au RU.

Il est fort probable que le futur gouvernement s’opposera à tout référendum écossais. En revanche, il sera pratiquement obligé de l’accorder en Irlande du Nord dès qu’il sera réclamé.

Ainsi, dans les deux ans, le RU perdra l’Irlande du Nord, ce qui ne sera même pas un gage de paix et de prospérité, ni pour la Grande-Bretagne, ni pour l’Irlande du Nord, tout au contraire.

Après ce référendum pour l’indépendance de l’Irlande du Nord, le gouvernement conservateur devra démissionner, ce qui donnera encore un ou deux ans à la prochaine majorité pour reporter le problème de l’indépendance de l’Ecosse.

Mais, si l’Irlande du Nord ne sort pas du RU (certainement sous la pression de Dublin), avant la sortie de ce dernier de l’UE, c’est que l’Ecosse, elle, aura obtenu son indépendance, ou sera tombée en situation pré-insurrectionnelle de toute façon.

Le champ d’expression de courants politiques violents est ici à souligner. La conjoncture britannique pousse les radicaux de gauche à se radicaliser, ceux de droite, à prospérer.

Les nationalistes indépendantistes, les nationalistes unionistes, et les racistes profiteront de cette atmosphère de déconfiture, qui est leur biotope historique, pour ainsi dire.

Quand le RU ne fera plus partie de l’UE, les gouvernements de Sa Majesté, qui se succéderont dans les quelques années à venir, devront faire face à ces menaces sécuritaires, qui s’ajouteront à la menace islamiste. Ce ne sera pas un plus pour l’économie anglaise.

Enfin, il faut exclure un nouveau référendum dans un futur proche, à moins de prendre le risque volontaire de plonger le pays dans la division absolue. La démocratie s’est exprimée, les citoyens doivent être responsabilisés. Les Britanniques ne peuvent plus vraiment se défausser sur leurs politiciens, ni eux sur l’UE.

Voilà qui devrait nous donner à méditer.

Ces sombres prévisions sont à prendre avec la réserve suivante: la chance, le génie humain ou un ensemble de facteurs aléatoires peuvent intervenir d’ici les trois prochaines années afin d’empêcher l’implosion du RU.

Mais cela me semble improbable, car, la situation au RU et sa condition de sortie de l’UE, dépendront aussi de ce qu’il se passera sur un continent qui s’enfonce dans les abysses de l’inconnu.

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 1

       Le 23 juin dernier, les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union Européenne. Cette décision est, sans aucun doute, catastrophique pour le Royaume-Uni, et cela devrait être assez grave pour émouvoir l’ensemble de la civilisation occidentale. Mais, en retournant le problème sous toutes ses facettes, depuis une semaine maintenant, je ne parviens pas à imaginer un scénario possible qui ne soit pas dramatique pour toute l’Europe.

Je vous propose de découper le problème en deux gros morceaux: le Royaume-Uni (RU), et l’UE.

Ensuite, allons plus au fond de chacun des deux sujets. Une compréhension de la situation immédiate impose le fait d’envisager les cas de figure les plus probables sur du court terme.

Les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni.

Les conséquences immédiates.

Avec un taux de participation de 72%, les Britanniques se sont d’abord offerts une belle crise politique.

David Cameron, coupable d’avoir joué avec l’UE comme d’un instrument de politique intérieur, a eu au moins l’élégance de présenter sa démission.

Il était évident que Boris Johnson n’allait pas se faire remercier par ses collègues à Westminster, pour avoir mener la campagne du «out». Le fait est, que personne n’imaginait en Grande-Bretagne que la sortie l’emporte.

Concernant Jeremy Corbyn, qui déclarait, lors des débats de la campagne, qu’il fallait plus d’Europe, parce qu’il fallait plus d’immigrés, il serait juste de considérer qu’il a fait campagne contre l’UE.

Evidemment, si l’on considère qu’une campagne référendaire ne sert qu’à parler à ceux qui pensent comme soi, au lieu de convaincre les autres, Corbyn n’aura pas été le simple égocentrique carriériste, dogmatique et présomptueux du champ politique au RU qu’il paraît être depuis une semaine, mais juste un incompétent despotique.

Il est impossible de parler de Ukip, sans parler de son traitement médiatique. Au RU, les médias de masse pensent que lutter contre Ukip se résume à se moquer de ce parti et de son leader. Les médias britanniques ne comprennent pas que ce matraquage conforte les électeurs de Ukip et lui attire de nouvelles sympathies.

Donc, les conservateurs sont en crise, les travaillistes aussi, et la droite nationaliste a le vent en poupe.

Le RU est un pays éminemment libéral, l’une de ses forces principales vient de cette position de pont financier entre l’Europe et les Etats-Unis. Une dévaluation de la livre aurait pu jouer en faveur des exportations britanniques, mais le secteur industriel britannique, qui survit tant bien que mal, va subir des délocalisations de la part de multinationales extra-européennes qui n’investissaient au RU que parce qu’il était une porte d’entrée pour le marché européen.

La logique est la même concernant une bonne partie du secteur boursier de la City. Certainement, les investisseurs vont se détourner de Londres au profit de Francfort, Paris et Amsterdam, cependant, le mouvement de fond qui se profile chez les financiers est de considérer que l’Europe, dans son ensemble, n’est plus un marché sûr. Nous reviendrons sur ce point.

L’une des premières incongruités du vote britannique est le taux extrêmement élevé chez les séniors en faveur de la sortie. Ils étaient en-dehors de la zone euro, et, à cause de leur propre vote, leur retraite va se voir déprécier de 30% le jour de la sortie du RU de l’UE. Dans le cas le moins grave.

Et d’une façon générale, le système social britannique subira les répercussions de plein fouet de la crise économique majeure que connaîtra le RU, et dont on voit depuis une semaine les effets immédiats: HSBC (une banque suisse, donc qui n’a pas de pression politique de son gouvernement, ne faisant pas partie de l’UE) a annoncé la suppression de mille emplois, la livre sterling atteint des records de baisse inégalés depuis 30 ans, sans compter que tous les produits européens seront 10% plus chers le jour de la sortie du RU du marché commun.

Selon ce que Cameron a déclaré, le 2 septembre, un nouveau gouvernement entrera en fonction. L’un de ses rôles principaux sera de négocier le Brexit en activant l’article 50 du Traité de Lisbonne.

Parmi les eurosceptiques, les plus responsables souhaitent conserver une position privilégiée par rapport à l’UE, nous verrons pourquoi ils rêvent. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur ceux qui regrettent le résultat de la semaine dernière; on ne peut pas greffer de colonnes vertébrales.

Enfin, la montée du racisme en Angleterre semble être un facteur à prendre en compte dans la compréhension du résultat de ce référendum.

Il semble intéressant de souligner la différence du traitement de ce phénomène au RU et en-dehors.

Les médias et le gouvernement britanniques mettent en avant les cas de xénophobie qui atteignent les familles polonaises.

Ceux qui étaient pour le RU dans l’UE, quand ils décrivent le racisme poussant le prolétariat anglo-saxon, selon eux, à voter contre l’UE, ils parlent d’un racisme contre les «asiatiques».

Quand vous écoutez les électeurs du Ukip, ou celui des conservateurs qui ont voté pour la sortie, ils parlent des musulmans.

Les observateurs étrangers ne s’y trompent pas.

Ce vote débile et décevant, laisse les conservateurs en place pendant deux ans, ne semble pas affecter l’admirateur de dictatures qu’est Corbyn, et va donner deux ans à une véritable force d’extrême-droite pour émerger dans un RU, qui, jusque là, en était exempt pour des raisons historiques.

 

RS

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La hausse rétroactive des tarifs EDF.

         Le Conseil d’Etat a annulé le décret ministériel limitant à 2,5% la hausse des tarifs d’électricité pour les particuliers, mercredi 15 juin.

La haute juridiction administrative avait été saisie par l’Association nationale des opérateurs détaillant en énergie (ANODE), qui jugeait la hausse insuffisante par rapport aux pertes passées.

EDF a accueilli favorablement le verdict du Conseil d’Etat.

Ségolène Royal a annoncé que la hausse allait se reporter à hauteur de 1,50€, par mois et par foyer.

Seuls les abonnés EDF seront pénalisés par cette décision sans recours.

Il faut placer cet épisode dans la folle descente aux enfers d’une UE ultra-libérale qui se recroqueville dans sa fonction technocratique.

De plus, il semble nécessaire de pointer du doigt l’action d’un gouvernement dont on ne sait plus s’il est trop incompétent ou trop lâche.

ANODE regroupe tous les opérateurs en énergie électrique autres qu’EDF. Cette dernière société ne possède plus de monopole, mais a bénéficié d’un régime inégal par rapport à ses nouveaux concurrents qui ont émergé sur le marché national après la mise en conformité du droit français au droit européen.

Si, pour des raisons économiques, il semble effectivement préférable de mettre fin aux monopoles économiques étatiques, il n’en demeure pas moins pertinent de se demander si la fourniture d’énergie ne fait pas partie de ces secteurs essentiels aux sociétés qui sortent du cadre libéré du marché économique?

En acceptant que l’électricité ne fasse pas partie de ces domaines échappant à la logique purement marchande, les instances européennes n’auraient-elles pas pu se contenter de la fin des monopoles d’Etats, fallait-il aussi que les nouveaux concurrents soient dédommagés rétroactivement?

Et après tout, si l’UE est vraiment ce bulldozer écrasant tout sur son passage, ce n’est pas une cour européenne qui a annulé le décret ministériel.

Le Conseil d’Etat applique la loi, que le gouvernement peut modifier à loisir; les traités internationaux, quant à eux, ne s’imposent à l’ordre juridique français que dans la mesure de leur ratification par la France. Ce qui signifie que l’on peut être partie à une convention internationale tout en excluant l’application de certains articles.

Il ne semble pas impensable d’introduire une clause empêchant toute hausse tarifaire pour les consommateurs concernant une situation rétrospective. Bref, que le droit de la concurrence ne se fasse pas respecter aux dépens des consommateurs.

Le gouvernement, en signant ce décret, avait un dossier ouvert qui pouvait lui donner un champ pour une action favorable aux plus pauvres (car, même 30 € par an, ce n’est pas pareil pour chaque foyer), et aux consommateurs, en général, au lieu de cela, il a préféré l’inaction et se faire sanctionner par sa juridiction administrative, satisfaisant ainsi le pendant financier de l’énergie électrique.

Espérons que les conseillers d’Etat, au moins, ne soient pas abonnés à EDF; les conseilleurs pourraient bien être les payeurs plus tôt que prévu.

 

RS

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La rencontre du Pape avec le grand imam d’Al-Azhar au Vatican.

         Le pape François a rencontré le grand Cheikh de l’université Al-Azhar du Caire, ce lundi 23 mai. L’entretien aura duré une demie-heure.

Evidemment, ce n’est pas l’échange ayant eu lieu qui fait l’événement, mais le simple fait de la rencontre. Le Pape, lui-même, semble s’en contenter et le Saint-Siège s’est félicité de l’ambiance «cordiale» dans laquelle la réception s’est déroulée.

En effet, depuis le discours de Ratisbonne du précédent pape, l’université théologique d’Al-Azhar a rompu ses relations avec le Vatican, estimant que le lien que faisait Benoit XVI entre la violence et l’islam était inacceptable.

Le grand Cheikh Ahmad Al-Tayeb a ensuite eu un entretien avec le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, spécialement impliqué dans les relations avec l’islam.

La discussion avec le pape François portait sur l’implication des «grandes religions» pour «la paix dans le monde» et contre «la violence» et «le terrorisme». La «protection» des chrétiens du Proche-Orient a aussi été abordée.

En premier lieu, il s’agit de savoir sur quel plan faut-il comprendre ce voyage.

Trois hypothèses sont autorisées: rencontre théologique, rencontre à la fois théologique et diplomatique ou, encore, rencontre purement diplomatique.

La première peut être évacuée immédiatement, non seulement parce qu’aucune allusion n’a été faite concernant un quelconque débat théologique qui aurait été engagé, mais surtout, parce qu’il serait inconcevable de l’engager en trente minutes.

Il ne faut pas beaucoup de discernement pour savoir que le Vatican, par définition, use de moyens étatiques en suivant des intérêts présentés comme étant spirituels.

Or, il faut bien avouer que l’on ne connaît pas exactement les thèmes abordés avec le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Cependant, il serait fort improbable que des points théologiques aient été au centre de leur discussion ce lundi. Il serait douteux, par exemple, que le cardinal Tauran soit revenu sur le discours de Ratisbonne, ou que l’interprétation de la fatih’a (la prière principale) ait fait l’objet d’une interprétation révolutionnaire de la part du grand Cheikh Ahmad Muhammad Al-Tayeb.

Ainsi, tout porte à croire qu’il faille appréhender cette rencontre «historique», selon l’expression du journal «La Croix», sur le plan de la diplomatie pure.

Que peut faire diplomatiquement le Vatican avec la première université théologique du monde sunnite?

Comme le communiqué l’indique le but était de promouvoir le rôle de l’Eglise catholique et de l’islam orthodoxe sunnite en tant qu’agents de la paix mondiale, qui luttent ensemble contre le terrorisme et la violence. Enfin, la situation des chrétiens du monde sunnite a été mentionnée dans les termes de «protection».

Donc, chacun le comprend bien, l’aspect central de ce voyage du grand imam d’Al-Azhar se trouve dans cette démarche pour la protection des chrétiens du Proche-Orient. Le Vatican et Al-Azhar ont un impact quasi-nul sur la paix dans le monde qu’ils ne peuvent initier, alors qu’une religion peut entretenir une guerre. Ce qu’il y a de plus intéressant, c’est le fait même que le Vatican s’adresse à Al-Azhar au sujet du terrorisme, et notamment celui qui massacre, persécute et réduit en esclavage des dizaines de milliers de chrétiens en Syrie et en Irak, et ce, en évitant la théologie si possible.

En juin 2015, le grand imam était déjà venu en Italie afin de participer à la conférence «Orient et Occident, dialogue de civilisations», à la marge de laquelle il affirma, qu’il pensait, comme «l’homme de la rue arabe», pour reprendre son expression, que l’Occident soutenait Daesh, insinuant même qu’il lui fournissait des armes, en vue d’empêcher que les pays de la région n’atteignent le niveau de développement d’Israël.

Aussi, la protection pour les chrétiens de la région passe-t-elle par la diplomatie avec un homme qui déclarait lors de cette même conférence qu’il fallait que l’Orient offre sa spiritualité à l’Occident et que celui-ci cesse de garder pour lui les avantages des progrès technologiques.

Il paraît alors pertinent de soulever que la visite officielle de ce lundi a lieu quelques semaines après le vote de l’UNESCO déniant tout lien entre le judaïsme et Jérusalem, faisant passer le Mur occidental pour un patrimoine islamique et uniquement islamique. Vote préparé en amont par l’OCI (Organisation de la Coopération Islamique, regroupant 57 Etats, soit la première force politique au sein de l’ONU), comme l’indiquaient les articles 5 et 6 du communiqué final.

La diplomatie avec une force qui a les vôtres en otages, revient à la politique de la concession indue, et quelle concession possible pourrait être faite aux moindres frais pour le Vatican hormis de joindre la meute dans la diabolisation du seul Etat du Proche-Orient dans lequel les chrétiens jouissent de tous leurs droits et sont protégés?

Ne nous leurrons pas, comme le disait Staline: «Le Vatican, c’est combien de divisions blindées?».

Le Pape en est réduit à mendier la survie de sous-citoyens, qui ont le malheur de partager leur foi avec lui. Mais l’Europe n’est pas loin de la cité de Saint-Pierre à ce niveau là.

Nos armées sont réduites, la sûreté intérieure, partout débordée, et aucune perspective d’une union de la défense au sein d’une UE qui deviendrait enfin politique, et donc qui se démocratiserait.

Nous pouvons, dès lors, nous questionner pour savoir si cette journée historique le fut parce qu’elle signifiait la reprise d’un dialogue profond entre l’Eglise catholique et l’islam orthodoxe sunnite, ou bien si c’est parce que le pape François a pu sous-entendre que les chrétiens du Proche-Orient souffraient de mille violences du fait de leur religion sans que cela n’empêche le grand imam de rester «cordial» avec ses hôtes qui l’accueillaient dans un des plus beaux lieux du monde?

RS

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Commentaires à propos de la tribune d’Esther Benbassa dans Libération du 5 avril 2016

      La Sénatrice EELV a signé dans le quotidien Libération, un papier intitulé «le voile, pas plus aliénant que la minijupe».

Cette tribune critique vertement les récentes déclarations de Laurence Rossignol, et bien sûr, sa diatribe éclabousse Elisabeth Badinter qui soutient la ministre.

Si madame Benbassa avait daigné nous fournir quelques arguments sur le fond, il aurait été possible de ne nous focaliser que sur les points soulevés, mais l’ineptie de son texte nous oblige à le lire linéairement.

D’entrée, l’auteur donne le ton; «En la rebaptisant, à tort, «mode islamique», Laurence Rossignol lui a donné une dimension politique dont nous n’avions nul besoin […]» dit-elle en parlant de la «mode pudique» devenue un enjeu commercial pour certaines grandes marques de vêtements, et elle précise à la suite : «quand des attaques d’une innommable barbarie ont plongé les Français et les Belges dans le deuil, et quand la haine du musulman, réduit au terrorisme, se saisit de tout prétexte pour se développer.»

Reformulons cette phrase plus clairement: puisque le terrorisme islamiste a désigné l’Europe comme terrain de chasse, en débattant de la portée sociologique de certaines règles islamiques, nous participons à la montée de la haine contre les musulmans. Madame Benbassa ne nie en aucun cas la dimension politique de la religion; elle pense simplement qu’il est inopportun de soulever cette dimension au moment où l’islam politique nous tue! Sa raison: ne pas donner du grain à moudre aux haineux…

Attention aux jugements hâtifs cependant. La Sénatrice du Val-de-Marne précise bien que la ministre n’est pas islamophobe, mais juste ignorante. Elle est gentille Esther, elle lui dit qu’il existe des articles écrits par des spécialistes qui pourraient soigner ce type de dérive intellectuelle. Elle doit sûrement faire référence aux siens (pourquoi pas), ou au papier qui nous expliquait doctement que Kamel Daoud était un islamophobe rongé par la haine de soi, par exemple.

Dans cette tribune, d’une faiblesse argumentative caricaturale, madame Benbassa insiste même sur le mot «rigueur», sans visiblement penser à se l’appliquer. De même, son expression «féminisme de grand-mère» n’a aucun sens; la lutte contre les discriminations et autres injustices imposées aux femmes n’a rien de générationnel, ce serait comme parler de «démocratie d’adolescents» ou «d’anti-racisme de mécaniciens».

Ce qu’elle veut dire, c’est qu’il existerait une façon obsolète de mener le combat féministe qui, notamment, tendrait à nous faire croire qu’imposer le port d’un voile sur la tête pour les femmes constitue une oppression à leur égard, alors qu’il existerait un féminisme moderne, de «jeunes filles», celui d’Esther Benbassa, bien mieux adapté à la réalité d’aujourd’hui, et qui nous obligerait à voir la jeune fille qui porte le voile comme une femme libérée.

Et puis, c’est le pétage de plomb!

«Que sait Mme Rossignol de l’islam hexagonal et de sa diversité ? Que sait-elle des femmes musulmanes de la France d’aujourd’hui ? A tenir publiquement des propos de café du commerce, elle ne réussira, au mieux, qu’à renforcer le rejet de la France dans certains milieux musulmans qui n’en peuvent plus d’être toujours mis en position d’accusés.»

Esther Benbassa qui vient de nous dire que Rossignol n’est pas islamophobe l’accuse en filigrane de créer les prochains djihadistes! Ben oui, c’est connu, le concept du djihad a été élaboré par les ministres socialistes du XXIe siècle! Un peu de rigueur, bon sang!

Et quels sont ces «certains milieux musulmans» chez qui le rejet de la France se renforcera? Au moment où la guerre que nous livre l’islamisme s’impose à notre quotidien, faudrait-il éviter que ses supporters en France trouvent dans nos réactions des raisons supplémentaires de rejeter la France? Parce que les musulmans qui s’outragent plus de voir une femme déguisée en fantôme que des déclarations de madame Rossignol, non seulement ils ne rejettent pas la France, mais en plus ils ne se sentent pas accusés par le terrorisme, ils se sentent ciblés au même titre que tous les Français.

Esther Benbassa, qui prétend connaître les musulmans de France, en tout cas mieux que la ministre des droits de la femme ne connaît ses dossiers, nous les présente comme une bande de bigots superstitieux, qu’une position intellectuelle concernant un morceau de tissu peut rendre hystériques.

Ah, ça, non, Benbassa n’est pas islamophobe, elle est juste raciste.

Vient alors sa théorie, qui reprend le thème du titre, à savoir, la mode féminine, sexy, pour faire court (sans jeu de mots), serait aussi une oppression de la femme.

Le lecteur pourra apprécier la validité d’un tel type d’argument devant une cour de justice, par exemple: «Monsieur le Président, mon client est aujourd’hui jugé pour homicide volontaire, c’est un scandale, car des pédophiles continuent de sévir dans notre pays sans qu’ils soient tous arrêtés!»

Je ne caricature pas ses propos, car elle poursuit dans la même logique. Pour l’auteur de cette tribune, spécialiste de la question, cette «mode pudique» serait aussi bien vue par les juifs orthodoxes.

«Si des marques créent des collections «pudiques» pour des femmes qui, par reven-dication identitaire ou conviction religieuse, y trouveront leur compte, où est le mal ?»

Bon, si après un parcours scolaire, universitaire, politique et un fauteuil au Sénat, vous ne voyez pas le problème, je veux bien vous l’expliquer.

Le mal, c’est justement d’entretenir des revendications identitaires au lieu d’en proposer une seule, fédératrice, qui serait l’identité française, républicaine, démocratique et éclairée, ce qui, soit dit en passant, devrait être le job de madame la Sénatrice.

Le mal, c’est de soutenir des revendications religieuses quand la religion a des prétentions politiques.

Le problème, c’est que Esther Benbassa, dès le début, parle «d’attaques d’une innommable barbarie». Quand Attila empilait les crânes devant les murailles des cités qu’il souhaitait conquérir, il s’agissait bien de la barbarie des Huns. Quand les Romains lâchaient des fauves sur des êtres humains, ne s’agissait-il pas de la barbarie romaine? Alors pourquoi, cette barbarie là, est innommable? Pourquoi n’est-elle pas islamiste?

Parce que la dimension politique de l’islam, que peut occulter savamment Esther Benbassa, sans jamais être capable de la nier, contient en son sein la menace terroriste, et parce que justement il est impensable de légiférer sur la mode féminine dans une démocratie, il semble que la ministre chargée des droits de la femme et qu’en fait tous les démocrates dignes de ce nom, soient en droit de manifester leur mécontentement face à une nouvelle pénétration des codes de l’islam dans la normalité de notre quotidien.

Mais l’universitaire n’aime pas rentrer au fond des choses, ni étayer ses affirmations péremptoires.

«Comment a-t-elle pu justifier l’emploi du mot – intolérable – de «nègre» par l’usage qu’en fit Montesquieu il y a plus de deux siècles ? Sait-elle seulement qu’on ne voit plus aujourd’hui en Montesquieu un penseur anti-esclavagiste, mais un auteur beaucoup plus ambivalent, comme le furent d’ailleurs, globalement les Lumières ?» S’offusque notre parlementaire. Certes, elle n’a pas tort sur ce terme affreux, mais nous aurions voulu un minimum de développement, ou du moins relativiser cette mise en accusation des Lumières dans leur ensemble, ou éventuellement rappeler le fait que l’islam n’est absolument pas ambivalent concernant l’esclavage…

Comment peut-elle prendre la peine de jeter (un peu, avec ses moyens) un certain discrédit au mouvement fondateur de la culture démocratique et éclairée dont nous jouissons, tout en préconisant l’interdit d’aborder la dimension politique de l’islam, alors que son sujet c’est la banalisation du voile! Où se cache la rigueur, la pertinence et l’analyse dans cette tribune de Libération?

Et là, c’est le pompon! Le gros lot! Dans le sophisme, à part Plenel et Boniface, on ne fait pas plus fort que cette phrase de Benbassa: «Nombre des jeunes femmes voilées que nous croisons ressemblent à toutes les jeunes femmes de leur génération, la pratique religieuse en plus.»

En langue française, cela signifie que, selon madame Benbassa, la plupart des jeunes femmes (donc, pas toutes, ni les très jeunes filles, ni les femmes âgées, etc.) pratiquant l’islam ressemblent à toutes les jeunes de leur temps, sauf qu’elles pratiquent toutes les religions au monde y compris être agnostique, à moins de supposer que la pratique de l’islam serait la seule pratique religieuse valable.

Le droit de s’exprimer est sacré, dans le cadre de la démocratie, et en tant que citoyenne il est indéniable que Esther Benbassa a le droit de publier toutes les tribunes qu’elle peut s’offrir.

Ce qui est le plus déroutant après avoir lu cet article qui ne dit rien, au final, mis à part que seuls les gens qui pensent comme elle devraient s’exprimer sur l’islam, c’est que cette dame est Sénatrice, et directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne.

Voici le lien vers l’article en question, car après tout, c’est tellement gros, que l’on pourrait croire que je sors les citations hors de leur contexte.

Et pour preuves, ces deux dernières.

«Mme Badinter déclarait il y a peu qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe». Qui, aujourd’hui, oserait déclarer qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’antisémite» ?»

Alors madame Benbassa, nous allons vous expliquer la différence entre l’islamophobie et l’antisémitisme.

L’islamophobie est la supposée peur/panique de l’islam, l’antisémitisme est la haine à l’encontre des juifs. Dans le premier cas, c’est une idéologie qui est dénoncée, dans le second, des individus.

Et encore, je devrais lui apprendre que ce sont les concepts d’islamophobie et d’antisémitisme qui sont eux-mêmes caduques, mais, je pense lui avoir suffisamment fourni matière à réfléchir si elle me lisait un jour.

La dernière citation est révélatrice du sens réel de cette intervention dénuée de tout jugement, à savoir un coup de com’ politique, quand elle conclut: «Ces polémiques indignes ne font le lit que de la haine. Concentrons-nous sur l’essentiel. Quant à nos ministres et intellectuels germanopratins, une petite promenade hors de leurs ghettos les aiderait sûrement à révoquer en doute quelques-unes de leurs certitudes.»

Peut-être, mais vous les alimentez, chère madame Benbassa, et non, les femmes d’Iran, d’Algérie ou de Tunisie, pour ne citer qu’elles, qui se battent au péril de leur vie pour que leur corps ne soit plus considérer comme une source de honte et de convoitise, n’ont pas choisi de haïr leurs bourreaux, mais elles luttent contre leur haine misogyne et sectaire qu’on leur impose au nom de la charia.

Enfin, je veux bien me concentrer sur l’essentiel avec vous madame la Sénatrice, mais quel est-il alors cet essentiel? Quoi? Pas une indication? Seriez-vous une politicienne démagogue souhaitant demeurer dans les ors de la République?

Un combat de grand-mère donc? C’est clair que lorsque l’on fait comme constat suite aux attentats qu’il est préférable de dénoncer les dérives de la mode plutôt que celles de l’islam politique, on ne peut qu’avoir le QI d’un nourrisson.

 

RS

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