Nos ancêtres les Gaulois?

       Nicolas Sarkozy a réussi à créer la polémique avec une expression pourtant banale, selon laquelle les Gaulois seraient nos ancêtres dans le roman national.

Cela fait belle lurette que l’on n’enseigne plus ce mythe à l’école, mais vaut-il le tollé qu’il a soulevé?

D’un point de vue historique, nous savons que la Gaule est une fiction inventée par les Romains. Les autochtones ne se définissaient pas en tant que Gaulois, mais selon le peuple celte auquel ils appartenaient; Paris était la cité des Parisii, voisins des Sénons qui vivaient entre Seine et Marne, etc.

Les concepts de Gaule et de Gaulois sont donc des commodités de langage imposés par Rome.

Certains vont même jusqu’à affirmer que puisque la France est un processus de construction historique (comme si un Etat échappait à cette règle humaine), il serait impossible d’utiliser des expressions vulgarisant son histoire.

Cependant, tous s’accordent sur le fait que des peuples celtes vivaient sur le territoire actuel de la France avant et pendant la période romaine. Ces peuples étaient les habitants majoritaires de ce qui deviendra l’hexagone. Evidemment, des étrangers venaient s’installer sur cette terre riche, et en premier lieu des latins, mais il n’y eut pas colonisation massive de la «Gaule».

En effet, dès Jules César, Rome s’agrandit d’un territoire qui va comprendre la France actuelle en débordant ses frontières, et va l’appeler «Gaule», tout en le divisant en plusieurs entités administratives. Donc, d’un point de vue historique, après la révolte menée par Vercingétorix, la Gaule va devenir une réalité géographique et juridique. Quant aux Gaulois, ils vont bénéficier rapidement de la citoyenneté romaine et s’intégrer à l’empire avec la même célérité. D’ailleurs les recherches contemporaines tendent à prouver qu’il existait déjà une culture gallo-romaine avant l’annexion officielle.

Aussi, nous pouvons affirmer que la majorité de la population de cette Gaule était celte, et que dès lors, il n’est pas inconcevable de la mentionner en tant que Gaulois afin de distinguer ces derniers des autres Romains.

Vers l’époque de la chute de Rome, le Sud du pays va être divisé entre régions dominées par les Wisigoths et régions dominées par Rome avec ses maîtres Goths. Le Nord, ressortissait officiellement de Rome, mais la réalité révélait de vives rivalités entre les métropoles du Nord, aggravées du fait des tentatives d’invasions successives germaniques et asiatiques.

Les Francs vont devenir les maîtres de cette Gaule, dès la fin du Ve siècle, mais, il s’agit de quelques milliers de cavaliers qui vont soit mourir au combat, soit, souvent se mélanger par mariage avec la classe sénatoriale gallo-romaine. Bref, la vaste majorité de la population, est demeurée la même que sous la domination romaine.

Aucun historien sérieux ne peut parler de la Guerre de Cent ans comme d’une forme de colonialisme anglais, et de plus, la France a gagné la guerre.

Donc, si nous considérons que l’immigration est l’installation d’étrangers sur un territoire donné, et que l’immigration n’est pas synonyme d’invasion ou de colonialisme, nous pouvons comprendre facilement que le phénomène désigne une minorité qui pénètre le corps social d’une majorité.

Ainsi, il n’est pas si absurde que cela de dire que la majorité des Français a des ancêtres Gaulois.

L’intolérable serait d’affirmer que pour être Français il faudrait avoir des ancêtres Gaulois.

Ce qui serait aussi une contre-vérité, serait de nier le lien qui existe entre la majeure partie des Français et les habitants qui occupaient le pays il y a deux mille ans, juste parce que cet héritage s’est enrichi d’apports étrangers.

La réaction la plus intéressante fut celle de Jean-Luc Mélenchon. Il a parfaitement compris que l’ancien Président avait utilisé l’expression pour exprimer sa conception de l’intégration, et Mélenchon a dit que lui, préférait faire référence à 1789 plutôt qu’aux Gaulois.

Puisque la France est une construction permanente, alors le débat est forcément ouvert concernant le contenu que l’on veut donner au concept de «France».

Il s’agit d’un débat hautement symbolique ayant des répercussions sur l’image collective d’une nation. Aussi, s’il me semble dangereux de prendre trop de libertés avec l’Histoire, de même, refuser toute référence au passé de notre pays au seul motif que ce passé serait trop complexe pour que l’on puisse donner un nom aux habitants qui l’ont peuplé il y a deux mille ans est tout autant pernicieux.

En effet, pourquoi ces historiens de gauche (en se définissant ainsi eux-mêmes, comme le rapporte le journal Le Monde, ils se dénient le titre de scientifiques) n’appliquent-ils pas leur raisonnement en-dehors de la France? Et même, soyons fous, en-dehors de l’Europe?

Aucun d’entre eux pour prendre la plume sur le sujet de l’Algérie arabe ou amazigh. Aucun historien activiste qui juge tenu le lien entre les bâtisseurs des pyramides et les Egyptiens d’aujourd’hui.

Bref, quand tout le monde sait bien que par «nos ancêtres les Gaulois», il faut entendre: «les premiers habitants dont nous possédons des traces écrites de notre territoire national, auxquels nous rendons hommage en faisant remonter notre histoire jusqu’à eux»; seuls ceux qui choisissent de lancer des polémiques d’arrière-garde prennent sur eux la faute d’envenimer un débat qui n’a pas besoin de l’être davantage à l’heure actuelle.

Car, au final, le choix est simple: soit l’on écrit ensemble le «roman national», quitte à en simplifier la trame pour le rendre compréhensible par tous, soit, afin d’éviter d’entrer dans une quelconque polémique historique, l’on décrète que l’Histoire nationale n’a aucun sens. Dans le second cas, on interdit aux nouveaux citoyens de s’approprier le patrimoine national, ce qui les exclut de la communauté qui préexistait à leur arrivée et qui les a accueillis. L’exact opposé de ce que recherchent les historiens se disant de gauche…

 

RS

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De la guerre civile en France.

       Après la prise d’otages dans l’église de St-Etienne-du-Rouvray, au cours de laquelle deux assaillants islamistes ont égorgé un prêtre âgé de 84 ans et blessé un paroissien, Hervé Morin, ancien ministre de la défense, a utilisé l’expression de «guerre civile», en exprimant ses craintes sur les réactions possibles à cette vague d’attaques islamistes sur les sols européen et français.

En mai dernier, Patrick Calvard, directeur de la DGSI, fut le premier à tirer la sonnette d’alarme concernant une éventuelle spirale de représailles de la part de l’ultra-droite.

Cependant, depuis des années, beaucoup avaient prévu que notre société allait au devant de troubles internes très violents.

D’abord, il faut s’entendre sur le terme de guerre civile; une guerre de sécession n’est pas une guerre civile, tout comme une révolution ou une invasion.

La guerre civile est le conflit qui oppose différentes composantes d’une société au sein de ses frontières, dans une période où l’Etat est impuissant ou a disparu.

Il y a donc toujours plus de deux factions qui combattent, et ce n’est qu’a posteriori que l’on peut juger la nature de violences internes de façon certaine, car la guerre civile qui n’aboutit pas sur une réconciliation nationale est soit une révolution, soit elle a entraîné la disparition de l’entité étatique antérieure (ex-Yougoslavie, par exemple).

Aussi, c’est à la lumière du contexte dans lequel surviennent les violences que l’on peut le plus sûrement prévoir leur dénouement.

Selon le dernier sondage de l’Ifop, 67% des Français ne souhaitent pas voir Marine Le Pen à l’Elysée, ce qui démontre qu’entre les 11 et 13 juillet derniers, il lui aurait fallu convaincre 17% des électeurs, plus une voix, qu’elle fût meilleure à la tête de l’Etat que l’autre candidat du second tour pour gagner. Opération facile face à Mélenchon, Hollande et Sarkozy. Mission impossible contre Juppé.

Peut-on réellement affirmer que le nombre de 17% n’a pas diminué depuis le moment du sondage?

Quelle que soit la tournure que prendront les événements prochains, le FN est bien trop proche du pouvoir pour lâcher du leste à des sympathisants impatients d’en découdre.

C’est précisément lorsqu’il est aux portes du pouvoir qu’il faut se souvenir ce pourquoi le FN n’est pas un parti comme les autres. Si tous ses cadres et militants ne sont pas des racialistes totalitaires, tous les racialistes totalitaires sont au FN.

La discipline n’est pas une option dans ces courants de pensée, car sans discipline il ne peut y avoir de supériorité.

Alors que l’on m’explique comment et pourquoi, maintenant, justement, le FN utiliserait la force? Le FN, au cas où on ne l’aurait pas remarqué, n’a plus besoin de parler depuis 2012, hors temps électoral, presque pour la forme. Il laisse le terrorisme semer la terreur, la droite et la gauche se discréditer et se diviser, l’Europe s’effondrer, puisque tout semble aller dans son sens.

Au sommet du FN, l’on considère chaque graffiti raciste sur une mosquée comme une action retardant l’adhésion d’électeurs encore rebutés par un racisme crasse et vulgaire.

Au contraire, des affaires ont prouvé les liens entre les milieux d’extrême-droite et les islamistes, voire avec les émeutes dans les banlieues dites sensibles. L’islamisme nourrit le FN bien mieux que cent crises financières.

Il faut aussi rappeler que la mouvance Soral-Dieudonné est la vitrine dans laquelle s’affichent côte à côte des islamistes, des suprémacistes Noirs et des skinheads, que cette mouvance a des liens étroits avec le régime khomeiniste, et qu’elle est le fruit de la volonté du FN actuel d’élargir sa base électorale à ses futures victimes.

Toute la stratégie de conquête de pouvoir de Marine Le Pen et de son équipe s’effondrerait en permettant que la violence émane de leur camp.

Je suis convaincu que nous n’aurons pas de guerre civile en France, du moins jusqu’en 2017. Car, si elle passe, le terrorisme, et les émeutes qui ne manqueront pas de survenir, pendant qu’aucune majorité ne se dégagera à l’Assemblée, lui donneront l’occasion de mettre toutes les forces de l’Etat au service de sa politique. Ce sera un massacre; au mieux, la déportation et la spoliation arbitraire de millions d’individus, au pire, la déportation sera le prélude à un génocide. Mais dans tous les cas, la fin de la démocratie, la guerre, et l’effondrement d’une civilisation européenne placée sous la férule de la Russie, accompagneront ces crimes.

Si elle ne passe pas, c’est que Juppé aura réussi à neutraliser Sarkozy et  Fillon, sans oublier le centre et toute la gauche, car il me paraît de plus en plus clair que Hollande ne pourra demeurer au pouvoir que s’il faisait un coup d’Etat. Hollande n’a aucune chance face à Marine Le Pen aujourd’hui.

Donc, à l’heure où l’on ne peut que constater les limites des ambitions de prospérités universelles affichées par le libéralisme, où l’on subit un terrorisme islamiste en plein essor, où il est nécessaire de reformer l’Europe et la vie politique, nous, en France, sommes sur le point d’avoir pour Président de la République, Alain Juppé; libéral, conservateur, premier ministre sous lequel les plus grandes grèves eurent lieu depuis mai 1968, premier ministre lors des attentats du RER St-Michel et condamné par la justice. Il aura comme principal parti d’opposition le FN… Du pain bénit pour le clan Le Pen.

Il n’est même pas sûr que Juppé puisse mener son mandat à terme, tant les difficultés qu’il aura à surmonter seront grandes et ses moyens, pour les appréhender correctement, limités.

Marine Le Pen et ses sbires veulent le pouvoir, mais à leurs conditions. La refonte en profondeur des institutions de notre République sera nécessaire, et donc, cela ne pourra s’effectuer que lors de circonstances de désordres profonds. Ils se disent que plus ils attendent, plus la situation sera mûre et leur projet antidémocratique facile à achever, puisqu’ils sont les mieux placés pour savoir qu’il n’y aura pas de guerre civile tant qu’ils n’en voudront pas.

Tant qu’une nouvelle gauche n’émergera pas, nous serons donc des cibles en foire pour les islamistes, certains de nos quartiers vont s’embraser davantage, nos élites continueront de nous prendre pour des imbéciles en passant pour des bouffons, jusqu’à ce que Marine Le Pen arrive au pouvoir, et que le processus infernal ne s’enclenche avec la bénédiction d’une population véritablement à bout.

Tout compte fait, il semblerait même qu’elle ne veuille pas d’une présidence qui la forcerait à faire des concessions politiques dans quelques mois; elle a déjà opté pour un début de règne absolu dans les années 2020.

Non, d’ici 2017, il n’y aura pas de guerre civile.

 

RS

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Dans le gauchisme jusqu’au cou.

         Les attentats du 14 juillet à Nice ont, encore une fois, démontré qu’une certaine partie de la gauche n’a peur ni du ridicule, ni de la haute trahison.

Je ne parle pas de la droite, car, n’étant pas conservateur, je ne me suis jamais attendu à ce qu’elle montre la bonne voie à suivre. Le libéralisme est coupable de bien trop de maux qui affectent le monde et nos démocraties pour y voir un espoir de solution, selon moi.

Le plus révoltant, ce sont les gens qui, dès le lendemain de l’attaque ont commencé à afficher sur les réseaux sociaux leur indignation. Non pas du meurtre, mais bien du fait qu’on parle de «terrorisme» en évoquant le massacre de la promenade des Anglais.

Pour eux, supputer que le «désaxé» ait pu être motivé par des convictions religieuses, est une «manipulation» des multinationales et des banques, afin que nous devenions racistes, et que nous voyions dans chaque musulman qui fonce sur une foule en voiture un islamiste radical.

Leur indécence n’a d’égale que leur stupidité ainsi que leur ignorance dont ils se parent comme d’un bouclier contre toute «propagande».

Leurs dogmes et leur confort intellectuel manichéen, leur font office de raison, la haine de soi (la haine farouche qu’ils vouent à la civilisation occidentale) de logique.

La dimension politique de l’islam n’a pas attendu le libéralisme, ou le colonialisme pour être violente, dominatrice, expansionniste, esclavagiste, misogyne, raciste et homophobe.

Les gauchistes ne se contentent pas de leur mentalité sectaire, ils se pensent tous les plus éclairés, et osent affirmer les théories les plus éhontées, sans penser un seul instant que pour réfléchir sur un sujet, il fallait un minimum le connaître.

D’expérience, je n’ai jamais rencontré une personne soutenant que l’islam était une spiritualité comme les autres qui, aussi, connaissait cette religion. Bien entendu, j’y compte tous mes amis musulmans.

Toutes les religions sont fondées sur des mensonges; la pseudo création de l’Homme, qui diffère de celle de la femme, soit dit en passant (ce qui sous-tendrait que ce n’est pas la même espèce), et la cosmogonie, sont des terrains sur lesquels s’avance la foi, et invariablement, les religions sont totalement à côté de la plaque.

La gauche avait parfaitement intégré cette donnée, mais, concernant l’islam, il fallut que le gauchisme adoptât une posture inverse.

Le gauchisme est le résidu de l’échec du communisme. Le programme doctrinal n’ayant jamais eu d’autres résultats que la dictature et la faillite, ne restent plus que les vieilles amitiés (sud-américaines, russes et musulmanes), et, surtout, la bonne vieille haine de l’Etat libéral. Concrètement, c’est la haine de soi qui fait florès parmi notre extrême-gauche.

La raison d’une telle posture chez les professionnels de la politique «à la gauche de la gauche» est simple; un clientélisme qui ne peut exister sans un sentiment raciste latent.

Ce qui me choque, c’est cette posture chez les militants ou les sympathisants de ce personnel médiocre. Au fond d’eux-mêmes, ne sont-ils pas au courant qu’ils n’ont rien lu des textes islamiques? N’ont-ils pas conscience de leur ignorance? Ils pensent que la lecture linéaire du Coran est un exploit et un signe d’érudition, ils s’imaginent que cette lecture suffit à comprendre ce qu’Allah attend de ses fidèles. Et quand ils reconnaissent ne pas savoir ce qu’est un tafasir, ou n’en avoir jamais lu, cela ne les perturbe jamais dans leurs convictions.

Je dois bien avouer que je ne connais pas leur motivation profonde, car, tous ne sont pas idiots. Leurs bons sentiments seraient même touchants, cependant, je reviens toujours sur le même constat, à savoir, que ces personnes qui réagissent en se lamentant sur l’image écornée des musulmans aux lendemains d’une attaque terroriste, expriment une lutte interne, certainement dû à leur environnement familial et social, afin de ne pas basculer vers le racisme.

En clair, c’est parce qu’eux-mêmes pensent en termes «d’Arabes et de Noirs», qu’ils imaginent que derrière toute critique de la religion musulmane se camoufle une posture racialiste.

Ce racisme des «anti-racistes», en diabolisant toute voix qui s’élèverait contre le corpus doctrinal sunnite ou chiite, en période de crise et d’attentats, est le facteur déterminant qui permet aux racialistes d’extrême-droite et aux islamistes d’essaimer et de balayer les partis libéraux (conservateurs ou sociaux-démocrates).

Or, une fois que racialistes et islamistes seront face à face, ce ne sera pas une guerre civile, mais un massacre. Et ce massacre sera soutenu par la majorité de la population, et ne sera sûrement pas le prélude à une révolution qui mettrait à bas le système libéral.

Le gauchisme sera responsable du génocide, de la guerre, d’un système économique encore plus libéral, et de la fin de la démocratie en Europe. Et ceux qui s’imaginent les Américains venir nous sauver, je leur conseille fortement de plutôt envisager aller eux-mêmes s’installer dans le Nouveau Monde.

Une gauche renouvelée ne prenant pas au sérieux, et comme prioritaire, l’antagonisme existant entre l’islam et la démocratie, non seulement, ne sera jamais crédible, mais ne survivra pas à la première moitié du XXIe siècle.

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 4

Les conséquences du Brexit pour l’Union Européenne (suite).

Les conséquences à court terme.

Dans cette dernière partie du dossier sur le Brexit, il paraît nécessaire de nous pencher sur les négociations concernant la sortie du Royaume-Uni (RU) de l’UE.

D’abord, le prochain gouvernement britannique pourrait bénéficier de conditions extrêmement avantageuses lors du retrait du RU de l’UE.

Comme je l’ai signalé, ce souhait de la classe dirigeante britannique n’est qu’un vœu pieux.

Certainement, les négociateurs britanniques pourront compter sur le soutien de la Pologne ou celui, de façade, de l’Allemagne, par exemple, mais cela ne sera pas suffisant.

En premier lieu, parce que les Allemands sont devenus la tête et le portefeuille de l’Union, et qu’ils le savent, malgré la persévérance, en France, de la croyance que notre pays joue à armes égales avec la République Fédérale.

Aussi, l’Allemagne est non-seulement responsable de la viabilité politique de l’UE (bien plus qu’aucun autre Etat), mais, de surcroît, son secteur financier sera le premier gagnant d’un Brexit devenu effectif. Quand on vous offre pouvoir et richesse, on y réfléchit à deux fois avant de repousser ces avantages, même quand on est déjà riche et puissant.

Il serait inconvenant, outre-Rhin, de se réjouir de la décision britannique, et peu conforme au rôle de leader que l’Allemagne entend assumer dans l’UE, que de faire montre d’hostilité envers la Grande-Bretagne dans ces instants si difficiles.

Mais Angla Merkel l’a bien dit; le processus de sortie ne pourra pas prendre trop de temps, et selon les bruits rapportés par les journalistes, le personnel politique allemand est beaucoup moins diplomatique que la Chancelière; ils n’ont jamais caché qu’ils n’entendaient pas faire de cadeau aux Anglais après leur référendum.

Les autres Etats d’Europe, qui seraient favorables à faire des concessions à nos amis d’outre-Manche, sont motivés par le nombre de leurs ressortissants qui résident en Grande-Bretagne, mais surtout par le fait que ce pays est un membre essentiel de l’OTAN.

Ces Etats, pour des raisons historiques, sont très inquiets par les velléités expansionnistes de la Russie, et Vladimir Poutine a fait en sorte que cette menace devienne un sujet d’actualité.

Nous voyons donc, que si l’Allemagne veut instaurer un peu de discipline parmi les autres pays de l’UE, il lui faudra donner des garanties aux pays de l’Est favorables au RU, concernant leur sécurité et le sort de leurs ressortissants en Grande-Bretagne. Il faudra donc s’attendre à un changement constitutionnel en Allemagne, afin que la Bundeswehr ait les moyens de participer selon son rang à la défense de l’Europe.

La France, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, et d’autres, estiment que les Britanniques doivent payer le prix de leur vote. Ces pays qui se plient aux injonctions de Bruxelles, avec tous les effets pervers que produit une politique technocratique d’austérité, seront réticents à ce que le RU y gagne quoi que ce soit.

Il faut donc exclure un arrangement accordant pour le RU, et c’est là qu’il deviendra limpide que l’Allemagne, malgré la civilité des éléments de langage de ses dirigeants, ne refusera pas le rendez-vous avec l’Histoire que le RU a planifié pour elle.

Cependant, il n’est dans l’intérêt d’aucun partenaire européen d’aggraver la situation du RU, car, chacun le comprend bien, si les Britanniques ont fait un très mauvais choix, ce choix pénalise aussi le reste du continent.

Alors, comment, dans ce cas, ne pas revenir sur l’absurdité du vote des Britanniques? Ils n’avaient pas l’euro, ils n’étaient pas dans Schengen et tous les avantages qu’ils avaient (une véritable exception britannique au sein de l’Union), n’étaient que les fruits de leur participation à l’UE.

La seule marge possible de négociation que le RU et l’UE ont, est à placer au niveau de la libre circulation des personnes. S’ils veulent acheter et vendre dans le marché européen sans entrave, ils doivent accepter l’immigration.

Ce qui est assez ironique lorsque l’on pense que c’est sur l’immigration que les partisans du Brexit ont axé leur campagne. En plus de l’immigration européenne, ils auront celle venue d’en-dehors de l’Europe.

Mais, comme nous l’avons mentionné, c’est au niveau politique que l’onde de choc du Brexit risque d’être la plus visible pour les Etats européens.

En France, nous en sommes réduits à espérer que les islamistes ne nous attaqueront pas d’ici les présidentielles, car Alain Juppé et son camp divisé, ne pourront pas endiguer la poussée du FN, alors que la gauche est déjà distancée par son extrême.

D’aucuns pensent que le Brexit fera réfléchir à deux fois les euro-sceptiques, je les crois, moi, partout renforcés en Europe.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les dirigeants politiques parlent de réformer les institutions européennes et de défense commune. Mais, le divorce entre eux et les nations est consommé, et sans diplomatie commune, il ne peut y avoir autre chose que des alliances, ce qui est déjà le cas. De plus, l’OTAN, telle qu’elle se présente aujourd’hui, empêche la création d’une union de la défense.

En Espagne, les conservateurs ont remporté les législatives, trois jours après le référendum britannique, sortant ainsi les socialistes du PSOE. Ces derniers n’ont obtenu que 14 sièges de plus que Unidos Podemos. Or, si le résultat est tout à fait conforme à l’alternance qui existe en Espagne depuis près de trente ans, cela ne doit pas occulter certains faits.

Les Espagnols ont majoritairement souhaité un gouvernement très libéral, donc, prompt à mener une politique de restriction budgétaire qui sera très similaire à celle des socialistes, alors que la situation économique du pays pèse lourdement sur les classes moyennes et pauvres. L’élément déterminant de ce scrutin fut, selon moi, la crise migratoire, pas tant celle des réfugiés syriens, que celle du flot continu venant d’Afrique, auquel les Espagnols doivent faire face.

Enfin, des élections régionales se dérouleront au Pays basque, en automne. Le Brexit et le cas écossais ne peuvent pas ne pas donner quelques idées aux indépendantistes.

En Slovaquie, les sociaux-démocrates sont alliés, depuis mars dernier, à l’extrême-droite. Ensemble, ils accusent l’Union de mille maux, et la campagne législative a été marquée par les positions très abruptes de Robert Fico (le premier ministre), concernant, non pas l’islamisme, mais les musulmans, en général. Notons que la Slovaquie assure la présidence de l’UE; elle est favorable au Brexit, sans surprise.

En Italie, le Mouvement 5 Etoiles (M5G), ne cesse de progresser, Virginia Raggi s’est faite élire à la mairie de Rome, le 19 juin. L’état catastrophique de la vie politique italienne est le terreau idéal sur lequel fleurit un populisme hybride issu des deux extrêmes. Ce qui n’est pas sans rappeler notre cas en France.

Avant la fin de l’année, les Croates iront voter pour leurs législatives, les Autrichiens seront rappelés aux urnes, en octobre, pour revoter l’élection présidentielle, les Lituaniens éliront leurs députés, et leurs angoisses, face à une Russie agressive et mitoyenne, s’exprimeront dans leur suffrage.

De même, l’élection présidentielle en Bulgarie, qui doit avoir lieu le même mois d’octobre 2016, pourrait bien révéler une fracture entre pays d’Europe centrale et orientale, et l’Europe occidentale.

Dans cette optique, encore, le rôle de l’Allemagne sera déterminant pour la suite des événements.

Nul besoin d’établir une liste exhaustive de la situation politique de chaque pays en Europe: le Brexit est un boulevard pour les extrémistes.

Nous avons tellement pris l’habitude de blâmer l’UE, qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Soit l’UE se réforme de fond en comble, et se dote de mécanismes démocratiques, en insistant sur une intégration accrue, soit elle disparaîtra.

Mais, sa réforme démocratique semble improbable puisqu’elle ne tient qu’à nos politiciens. Ces médiocres gouvernants n’assumeront jamais leurs propres manquements qui sont à l’origine des désordres de nos sociétés.

Ces lâches nababs sont incapables de se remettre en question, comment s’attendre à ce qu’ils s’accusent?

Enfin, si l’on écoutait attentivement le désespoir de nos nations européennes, nous entendrions qu’il n’est pas dû à une xénophobie ontologique à l’Européen, comme certains le disent, et, encore moins, à un rejet de la civilisation européenne.

Avec la pénétration de l’islam sur le sol européen, les problématiques nouvelles qu’il suscite n’ont eu comme réponse que le déni, voire le mépris, de la part du personnel politique. Seule l’extrême-droite a énoncé le problème. Certes, avec ses référents, certes, avec des affirmations et des sous-entendus honteux, mais, elle demeure le seul courant politique en Europe qui s’adresse à ceux qui ont peur de l’ampleur que prend l’islam dans nos sociétés.

Plus que jamais, la critique de l’islam est nécessaire à la refonte idéologique d’une gauche ayant perdu ses repères depuis 25 ans, avant qu’une critique malhonnête, erronée et généralisatrice ne devienne la clé du pouvoir aux mains des racialistes.

Quant à la possibilité de la montée au pouvoir de l’extrême-gauche dans un pays européen, je n’y crois guère; nos sociétés sont beaucoup trop consuméristes et riches pour qu’une majorité abandonne son confort au profit supposé d’une classe sociale défavorisée qui n’a vu sa condition s’améliorer dans aucun Etat dominé par la dictature du prolétariat.

Si l’on ne veut pas perdre l’UE et la démocratie dans l’ensemble du continent, les politiques, qui ont trahi leurs pays respectifs, qui ont trahi le projet européen et qui bafouent la démocratie au quotidien, doivent se faire éjecter de leurs postes par le peuple. Une seule condition pour que ce remplacement ne s’effectue pas au seul bénéfice des extrémistes; que les citoyens progressistes s’investissent et acceptent de mettre leurs mains dans le cambouis.

Alors, on y va quand?

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 3

Les conséquences du Brexit pour l’Union Européenne.

Les conséquences immédiates.

Au lendemain du Brexit, les places boursières européennes se sont effondrées. Si, une semaine plus tard, elles sont reparties à la hausse, les valeurs britanniques poursuivent leur chute.

J’assiste à quelque chose de très curieux depuis une semaine: j’ai l’impression que mes compatriotes se réjouissent du Brexit. En général, je constate que les Européens ne semblent pas prendre la mesure des conséquences de la sortie du Royaume-Uni.

Peut-être s’imagine-t-on profiter des retombées de l’affaiblissement de la deuxième puissance économique européenne?

Le Brexit a offert à l’Allemagne le rôle de chef de file de l’Union. A la suite du référendum, la première réunion au sommet entre chefs d’Etats européens s’est effectuée à Berlin, sur invitation de la Chancelière.

Cependant, l’effet le plus troublant de la décision britannique pour l’ensemble du continent, sera la flambée de popularité des thèses anti-européennes. Celles-ci sont l’apanage des courants extrémistes, et dans la conjoncture actuelle, gageons que les racialistes soient les plus puissants.

L’élection présidentielle autrichienne a été annulée pour irrégularité par le juge constitutionnel, le nouveau suffrage sera un indicateur sérieux de l’impact du Brexit au-delà des îles britanniques.

Et en France, Jean-Luc Mélenchon, qui pourrait passer au second tour et se retrouver face à Marine Le Pen, s’imagine-t-il qu’il ne soit pas criminel de jouer le sort de la France sur un coup de poker? Car, il est loin d’être certain que Mélenchon soit capable de réunir autour de lui le consensus national nécessaire afin de bloquer Marine Le Pen. Il n’a même pas l’envergure de Chirac!

J’aurais bien voulu dire que tous les Etats européens sont dans une situation similaire, mais ce serait oublier la récession qui frappe la Grèce, le Portugal, les déficits de l’Espagne, de l’Italie et de la Belgique, l’Irlande qui peine à sortir la tête hors de l’eau, l’extrême-droite au pouvoir en Hongrie, le drame de la Roumanie, et les difficultés des Slovaques, des Tchèques et des Croates. Et quid de l’angoisse des Polonais ou des Baltes face à une Russie poutinienne qui démontre que les frontières sont faites pour être franchies et changées en Europe, au XXIe siècle?

Ce climat d’incertitude, qui laisse perplexes les investisseurs concernant le futur proche de l’Europe, ôte tout doute à ceux qui s’imaginent encore qu’un gouvernement britannique quelconque négociera une sortie avantageuse pour le Royaume-Uni.

L’instinct vorace des acteurs économiques européens fera pression sur leurs gouvernements nationaux afin que ceux-ci ne lâchent rien aux Anglais, et, si ces derniers voulaient se faire avaler par les Américains, cela n’allait pas empêcher de dormir les banquiers français, néerlandais, allemands, luxembourgeois, espagnols ou italiens, ni même les banquiers suisses. D’ailleurs, si j’étais un banquier de la City, je me méfierais plus de mouvements venus de Chine, par exemple.

Néanmoins, les financiers sont aussi dépassés par les évènements, la montée des partis d’extrêmes en Europe est la préfiguration de l’écroulement de la construction européenne.

Certainement, cela signifie l’urgence qu’il y a à proposer une alternative à la direction qu’a prise l’Union, mais les échéances électorales, sur fond de menace terroriste et de tension sociale, vont prendre de court toutes les composantes des classes dirigeantes en Europe. Seuls les peuples ne seront pas surpris, mais divisés entre ceux qui seront enthousiasmés par cette fracture et ceux qui seront choqués, hébétés et qui ne sauront comment réagir, comme d’habitude.

C’est pour cela que les effets immédiats du Brexit pour l’UE sont à mettre sur deux plans:

d’une part, l’installation d’un climat économique extrêmement volatile qui se verra gravement impacté à chaque événement qui surviendra en Europe dans les deux prochaines années. Le cercle vicieux est donc à craindre d’ici peu pour l’économie européenne, car c’est un marché qui pourra bientôt susciter la méfiance des professionnels de la finance.

D’autre part, le sentiment anti-européen est aujourd’hui le facteur avec lequel joueront tous les politiques les moins honnêtes et les moins démocrates afin d’accéder au pouvoir. Sans sursaut démocratique populaire pro-européen à travers le continent, tout porte à redouter de nouveaux succès pour les extrêmes d’ici peu.

Les Britanniques ont tout simplement ouvert la boîte de Pandore.

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 2

Les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni (suite).

Les conséquences à court terme.

Vendredi 1er juillet 2016, la famille royale d’Angleterre, accompagnée de David Cameron, s’est rendue en France afin de participer aux cérémonies de commémoration du centenaire de la Bataille de la Somme.

Lors du référendum, les personnes âgées de plus de 65 ans sont celles qui ont le plus voté en faveur de la sortie de l’UE (Union Européenne). Avaient-elles pensé qu’avec leur décision elles offraient l’Europe continentale à la domination allemande? Les Anglais ont combattu pendant les deux guerres mondiales pour aboutir à capituler sans se battre en pleine période de paix. Les Anglais ne sont apparemment pas rancuniers.

Ainsi en est-il de la mémoire de ceux tombés pour notre liberté, mais s’il ne s’agissait que de cela.

Les Britanniques, en sortant de l’UE, ont aussi entamé un processus, qui, me semble-t-il, causera des dommages bien plus profonds pour le Royaume-Uni (RU), et sa disparition en tant que tel, n’est pas inenvisageable.

Dès le lendemain du vote, le SNP, le parti national écossais, a fait savoir que son intention était de rester dans l’Union. Et, dès le lundi de cette semaine tumultueuse outre-Manche, les politiques écossais ont réclamé un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Le résultat du référendum sur le Brexit en Ecosse ne fait pas de doute concernant la volonté d’une majorité d’Ecossais de demeurer au sein de l’UE. De plus, le sentiment pro-européen a été un facteur décisif lors du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2015. Le rattachement au RU fut alors présenté comme la garantie du rattachement à l’Europe.

Il en va de même en Irlande du Nord, mais avec un passif bien plus récent. Lorsque l’on s’aperçoit que la répartition des votes du référendum correspond aux zones catholiques et aux zones unionistes, il ne faut pas négliger la possibilité qu’au sein des 40% d’Ecossais qui ne voudront pas sortir du RU, émerge des groupuscules violents unionistes, comme en Irlande du Nord.

Remarquons aussi la situation brusquement devenue précaire de Gibraltar, de même, que si des troubles venaient à surgir en Irlande du Nord et en Ecosse, il faudra aussi prévoir qu’un mouvement nationaliste gallois voit le jour, car, après tout, les Gallois sont ceux qui reçoivent le plus d’aide de l’UE au RU.

Il est fort probable que le futur gouvernement s’opposera à tout référendum écossais. En revanche, il sera pratiquement obligé de l’accorder en Irlande du Nord dès qu’il sera réclamé.

Ainsi, dans les deux ans, le RU perdra l’Irlande du Nord, ce qui ne sera même pas un gage de paix et de prospérité, ni pour la Grande-Bretagne, ni pour l’Irlande du Nord, tout au contraire.

Après ce référendum pour l’indépendance de l’Irlande du Nord, le gouvernement conservateur devra démissionner, ce qui donnera encore un ou deux ans à la prochaine majorité pour reporter le problème de l’indépendance de l’Ecosse.

Mais, si l’Irlande du Nord ne sort pas du RU (certainement sous la pression de Dublin), avant la sortie de ce dernier de l’UE, c’est que l’Ecosse, elle, aura obtenu son indépendance, ou sera tombée en situation pré-insurrectionnelle de toute façon.

Le champ d’expression de courants politiques violents est ici à souligner. La conjoncture britannique pousse les radicaux de gauche à se radicaliser, ceux de droite, à prospérer.

Les nationalistes indépendantistes, les nationalistes unionistes, et les racistes profiteront de cette atmosphère de déconfiture, qui est leur biotope historique, pour ainsi dire.

Quand le RU ne fera plus partie de l’UE, les gouvernements de Sa Majesté, qui se succéderont dans les quelques années à venir, devront faire face à ces menaces sécuritaires, qui s’ajouteront à la menace islamiste. Ce ne sera pas un plus pour l’économie anglaise.

Enfin, il faut exclure un nouveau référendum dans un futur proche, à moins de prendre le risque volontaire de plonger le pays dans la division absolue. La démocratie s’est exprimée, les citoyens doivent être responsabilisés. Les Britanniques ne peuvent plus vraiment se défausser sur leurs politiciens, ni eux sur l’UE.

Voilà qui devrait nous donner à méditer.

Ces sombres prévisions sont à prendre avec la réserve suivante: la chance, le génie humain ou un ensemble de facteurs aléatoires peuvent intervenir d’ici les trois prochaines années afin d’empêcher l’implosion du RU.

Mais cela me semble improbable, car, la situation au RU et sa condition de sortie de l’UE, dépendront aussi de ce qu’il se passera sur un continent qui s’enfonce dans les abysses de l’inconnu.

 

RS

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Dossier: Le Brexit et ses conséquences. Part. 1

       Le 23 juin dernier, les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union Européenne. Cette décision est, sans aucun doute, catastrophique pour le Royaume-Uni, et cela devrait être assez grave pour émouvoir l’ensemble de la civilisation occidentale. Mais, en retournant le problème sous toutes ses facettes, depuis une semaine maintenant, je ne parviens pas à imaginer un scénario possible qui ne soit pas dramatique pour toute l’Europe.

Je vous propose de découper le problème en deux gros morceaux: le Royaume-Uni (RU), et l’UE.

Ensuite, allons plus au fond de chacun des deux sujets. Une compréhension de la situation immédiate impose le fait d’envisager les cas de figure les plus probables sur du court terme.

Les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni.

Les conséquences immédiates.

Avec un taux de participation de 72%, les Britanniques se sont d’abord offerts une belle crise politique.

David Cameron, coupable d’avoir joué avec l’UE comme d’un instrument de politique intérieur, a eu au moins l’élégance de présenter sa démission.

Il était évident que Boris Johnson n’allait pas se faire remercier par ses collègues à Westminster, pour avoir mener la campagne du «out». Le fait est, que personne n’imaginait en Grande-Bretagne que la sortie l’emporte.

Concernant Jeremy Corbyn, qui déclarait, lors des débats de la campagne, qu’il fallait plus d’Europe, parce qu’il fallait plus d’immigrés, il serait juste de considérer qu’il a fait campagne contre l’UE.

Evidemment, si l’on considère qu’une campagne référendaire ne sert qu’à parler à ceux qui pensent comme soi, au lieu de convaincre les autres, Corbyn n’aura pas été le simple égocentrique carriériste, dogmatique et présomptueux du champ politique au RU qu’il paraît être depuis une semaine, mais juste un incompétent despotique.

Il est impossible de parler de Ukip, sans parler de son traitement médiatique. Au RU, les médias de masse pensent que lutter contre Ukip se résume à se moquer de ce parti et de son leader. Les médias britanniques ne comprennent pas que ce matraquage conforte les électeurs de Ukip et lui attire de nouvelles sympathies.

Donc, les conservateurs sont en crise, les travaillistes aussi, et la droite nationaliste a le vent en poupe.

Le RU est un pays éminemment libéral, l’une de ses forces principales vient de cette position de pont financier entre l’Europe et les Etats-Unis. Une dévaluation de la livre aurait pu jouer en faveur des exportations britanniques, mais le secteur industriel britannique, qui survit tant bien que mal, va subir des délocalisations de la part de multinationales extra-européennes qui n’investissaient au RU que parce qu’il était une porte d’entrée pour le marché européen.

La logique est la même concernant une bonne partie du secteur boursier de la City. Certainement, les investisseurs vont se détourner de Londres au profit de Francfort, Paris et Amsterdam, cependant, le mouvement de fond qui se profile chez les financiers est de considérer que l’Europe, dans son ensemble, n’est plus un marché sûr. Nous reviendrons sur ce point.

L’une des premières incongruités du vote britannique est le taux extrêmement élevé chez les séniors en faveur de la sortie. Ils étaient en-dehors de la zone euro, et, à cause de leur propre vote, leur retraite va se voir déprécier de 30% le jour de la sortie du RU de l’UE. Dans le cas le moins grave.

Et d’une façon générale, le système social britannique subira les répercussions de plein fouet de la crise économique majeure que connaîtra le RU, et dont on voit depuis une semaine les effets immédiats: HSBC (une banque suisse, donc qui n’a pas de pression politique de son gouvernement, ne faisant pas partie de l’UE) a annoncé la suppression de mille emplois, la livre sterling atteint des records de baisse inégalés depuis 30 ans, sans compter que tous les produits européens seront 10% plus chers le jour de la sortie du RU du marché commun.

Selon ce que Cameron a déclaré, le 2 septembre, un nouveau gouvernement entrera en fonction. L’un de ses rôles principaux sera de négocier le Brexit en activant l’article 50 du Traité de Lisbonne.

Parmi les eurosceptiques, les plus responsables souhaitent conserver une position privilégiée par rapport à l’UE, nous verrons pourquoi ils rêvent. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur ceux qui regrettent le résultat de la semaine dernière; on ne peut pas greffer de colonnes vertébrales.

Enfin, la montée du racisme en Angleterre semble être un facteur à prendre en compte dans la compréhension du résultat de ce référendum.

Il semble intéressant de souligner la différence du traitement de ce phénomène au RU et en-dehors.

Les médias et le gouvernement britanniques mettent en avant les cas de xénophobie qui atteignent les familles polonaises.

Ceux qui étaient pour le RU dans l’UE, quand ils décrivent le racisme poussant le prolétariat anglo-saxon, selon eux, à voter contre l’UE, ils parlent d’un racisme contre les «asiatiques».

Quand vous écoutez les électeurs du Ukip, ou celui des conservateurs qui ont voté pour la sortie, ils parlent des musulmans.

Les observateurs étrangers ne s’y trompent pas.

Ce vote débile et décevant, laisse les conservateurs en place pendant deux ans, ne semble pas affecter l’admirateur de dictatures qu’est Corbyn, et va donner deux ans à une véritable force d’extrême-droite pour émerger dans un RU, qui, jusque là, en était exempt pour des raisons historiques.

 

RS

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